Pas douce

Film français de Jeanne Waltz

Avec Isild Le Besco, Steven Pinheiro de Almeida, Lio, Yves Verhoeven, Christophe Sermet

Sortie le 30-05-2007
 
   

Par Elise Heymes

 
 
   

Deuxième film de Jeanne Waltz, Pas douce met en scène l'actrice et réalisatrice Isild Le Besco dans le parcours d'une jeune femme de 22 ans, depuis son désir de mort jusqu'à sa renaissance. Avec pour chemin de traverse la culpabilité.

C'est une fille douce que l'on découvre à l'écran. Infirmière à l'hôpital, elle accompagne une mourante d'une caresse de la main sur le visage. Pourtant Fred ne donne rien aux vivants. Elle a un petit ami, une meilleure amie, mais elle ne leur doit rien. Elle a un père qu'elle déteste, des voisins qu'elle ignore... Elle ne leur demande rien non plus. Fred prépare son suicide dans la forêt avec le fusil dont son père lui avait fait cadeau. Mais au moment de tirer, elle préfère viser un adolescent. Gravement blessé, Marco lui est confié à l'hôpital. Commence la métamorphose de la jeune femme.

Hostile et brusque, Fred trouve en Marco quelqu'un qui lui ressemble dans sa révolte. La réalisatrice utilise la gestuelle de ses deux comédiens avec habileté. Isild Le Besco travaille sa hargne : tous ses gestes sont nerveux, à la limite de la violence. Elle semble constamment se débattre d'une prise importune. Steven Pinheiro dessine son personnage d'adolescent en crise tout en nuances. Marco refuse les soins et les adultes, comme Fred rejette l'enfant de son amie chaque fois que la petite la sollicite. Ils semblent refouler ce dont ils ont le plus besoin : l'attention affectueuse. C'est donc ensemble qu'ils cheminent, dans l'acceptation progressive de leur dépendance l'un de l'autre, de malade à soignante.

De lointaine et inutile, la jeune femme est devenue nécessaire. Or c'est elle la responsable de la blessure qui prive le garçon de sa liberté. Elle a vu le genou malade de son patient ; elle est passée outre. Après l'épreuve, reste pourtant le plus lourd : porter le secret d'une culpabilité si absurde. Poids dont elle tente en vain de se délester. Puis qu'elle se garde bien d'avouer au policier. Le dilemme dure. Jusqu'au jour où Marco saisit le fil qui démêlera les noeuds du secret qui les unit. L'occasion pour la jeune femme de prendre sa vie en mains.

Jeanne Waltz donne une issue optimiste à ce conflit intérieur à l'intensité tragique. Son film, âpre d'abord, se teinte de la douceur qu'empreinte peu à peu le jeu d'Isild Le Besco. Subtilement construit autour d'une blessure qui nécessite autant la coupable que la guérisseuse, indiquant ainsi à une fille perdue les rôles à jouer dans l'existence, il aborde de façon originale les questions du don de soi, de la légitimité et de la maturité.