Une vieille maîtresse

Film français de Catherine Breillat
d'après Barbey d'Aurevilly

Avec Fu'ad Ait Aattou, Asia Argento, Michael Lonsdale, Roxane Mesquida, Yolande Moreau,

Sortie le 30-05-2007
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h54

 
 
   

Dialectique des coeurs

Avec ce dernier opus, sélectionné à Cannes cette année, Catherine Breillat nous offre une lecture personnelle du désir et de l'amour au 19ème siècle.
La duchesse de Flers offre en mariage sa petite-fille Hermangarde au jeune libertin Ryno de Marigny. Mais celui-ci se défera-t-il de sa liaison avec la Vellini ? Le jeune homme est pris entre deux feux que tout oppose; c'est l'occasion pour Breillat de dépeindre les vertigineux paradoxes de la passion amoureuse.

Alors que dans ses trois derniers films, elle associait l'épanouissement de ses personnages féminins à une certaine servitude volontaire vis à vis des hommes, Catherine Breillat interroge cette fois-ci les rapports qu'entretient un homme avec deux femmes. Elle fonde son film, à cet effet, sur l'ambivalence absolue. Aux affres liés à la femme mûre, la « vieille maîtresse », répondent le calme et la douceur de vivre aux côtés d'une jeune femme en fleur, à peine éclose. Les espaces, depuis le désert témoin de la passion brûlante pour la Vellini, jusqu'au bord de mer où est mis à l'épreuve l'amour de Marigny pour Hermangarde, les teintes, tranchées quand apparaît la vieille maîtresse, délicates sur les robes et les intérieurs de la jeune épouse, tout est entamé par la dualité. Jusqu'à la façon de filmer les visages : celui d'Asia Argento est fouillé jusque dans la disgrâce et l'impudence, tandis qu'on ne voit de Roxane Mesquida que la beauté toute en retenue. Autant de rimes qui confèrent au film sa puissance suggestive.
Cette structure permet d'ailleurs souvent à Catherine Breillat de faire parler ses personnages davantage qu'ils n'agissent. De nous donner à entendre leurs humeurs. De laisser s'épancher des consciences qui croient pouvoir dire ce qu'elles ne s'expliquent pas toujours faire, ravies, malgré elles, par l'irrationnel de la passion amoureuse.
En fondant ainsi son film sur une symétrie des contraires, Catherine Breillat fait en tout cas d'autant mieux apparaître la complexité des rapports amoureux qui sont à l'image de Ryno de Marigny : au milieu de deux femmes que la nature, la naissance puis la vie ont opposées, entre l'effusion débordante de l'une et l'inanité apparente de l'autre, avec d'un côté le souvenir partagé du malheur et de l'autre, la possibilité d'un bonheur sans doute trop sage. Catherine Breillat s'approprie les deux personnages de Barbey d'Aurevilly comme pour mieux montrer avec la première, la Vellini, ce que cache l'autre. Ou comment l'obscur et le lumineux cohabitent chez chacun(e) dans un jeu d'éclipses. Et de ce duel chez le jeune Marigny, résulte le dépassement, par la réalisatrice, du paradoxe constitutif et de la relation amoureuse et du Romantisme: l'extase dans la douleur.
Une fois de plus, Catherine Breillat filme magnifiquement les corps dans les scènes d'amour. La beauté insolente et le jeu très naturel de Fu'ad Ait Aatou ajoutent à la force de son trio de comédiens.