Zodiac

Film américain de David Fincher

Avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Anthony Edwards

Sortie le 17-05-2007
Sélection officielle Cannes 2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 2h36

 
 
   

Promenade en bateau

David Fincher fédère. Sa maturité impressionne. Sa méticulosité aussi. Sa maîtrise photographique, n’en parlons pas. Zodiac en est un beau produit : une intrigue touffue à souhait, qui se fond dans l’élégant moule fincherien. Mais demeure un « os » qui semble en avoir troublé peu, et qui pourtant peut en laisser plus d’un perplexe : on ne s’ennuierait pas un peu ?

Librement adapté des deux best-sellers du journaliste californien Robert Graysmith, qui consacra plus de dix ans de sa vie à démasquer le très médiatique serial Killer « Zodiac », le nouvel opus de David Fincher joue précisément sur le terrain opposé de celui du best-seller : sobriété et rigueur servent de cadre aux frustrations diverses de héros en mal d’exploits (le journaliste brillant, l’inspecteur charismatique) et d’un timide dessinateur de presse sur la touche, ballottés aux quatre coins de la Californie par un insaisissable meurtrier amateur de cryptogrammes. A défaut d’adrénaline, le spectateur épluche donc les dossiers et n’a rien d’autre à se mettre sous la dent que les signes cruels du temps qui passe. Dans le thriller décalé, Fincher excelle.

Mais voilà. A force de jouer sur les vides et les non-dits tout en tirant sur la ficelle de l’obsession, le réalisateur nous fige en surface. Il nous prive de l’épaisseur psychologique où l’on aurait aimé surprendre ses personnages, réduits (délibérément ?) à des marionnettes préposées au secrétariat. Ne s’imprime en nous, au sortir de Zodiac, que cette image d’inspecteurs impuissants aux bras ballants, à peine recouverte par le vernis fragile de l’intrigue de la seconde partie du film. Ne finit-il pas par pâtir de sa très abondante documentation, et par crouler sous la pile de dossiers dont, au final, on ne retient pas grand-chose ? Comme si, à force d’enquêter, Fincher n’avait su prendre le recul nécessaire pour épurer son scénario. D’où cette sensation que la partie centrale de Zodiac est plombée par une quarantaine de minutes superflues. Et d’où cet étrange paradoxe d’un film construit sur une obsession et à qui, pourtant, semble manquer l’envie.