Loin d'elle
Away from her

Film canadien de Sarah Polley

Avec Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis, Michael Murphy

Sortie le 02-05-2007
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h35

 
 
   

L'actrice Sarah Polley est passée derrière la caméra à seulement 27 ans pour adapter la nouvelle d'Alice Munro, «L'Ours traversa la montagne. Elle explore les amours d'un couple marié depuis 45 ans, dont l'épouse, Fiona, est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Un premier long métrage sensible et efficace, d'une étonnante maturité.

La complicité qui lie Fiona et Grant est perceptible dans la délicatesse avec laquelle ils affrontent ensemble le douloureux constat : Fiona perd la mémoire. Elle confond les objets, intervertit les mots et ne se repère plus dans le temps et l'espace. Fiona décide de séjourner dans une institution spécialisée. Grant accepte, jusqu'au jour où il réalise, lors d'une visite, qu'elle s'est éprise d'un autre pensionnaire. Commence pour Grant, l'ultime combat contre lui-même: celui d'accompagner sa femme dans l'oubli (de lui et de leur vie commune).

Sarah Polley construit son film sur plusieurs temporalités qu'elle alterne habilement. Fondé sur l'idée de fragmentation de la mémoire, ce procédé met aussi en valeur le parallélisme des vies désormais distancées, mais non moins liées des deux personnages. Au fur et à mesure que décline Fiona et qu'elle s'attache à Aubrey, se noue une autre histoire pour Grant, qui se rapproche de Marian (la compagne d'Aubrey). C'est avec un humour pudique que la réalisatrice associe ces deux couples dans un chassé-croisé amoureux.

Fiona dit, au début de sa maladie, être en train de disparaître. A travers elle, Sarah Polley interroge l'être humain dans sa régression. Conscient puis
inconscient de se dégrader. A travers Grant, elle questionne la solitude. Que reste-t-il, par ailleurs, à une femme qui meurt sentimentalement ? Comment un homme continue-t-il d'aimer une femme pour qui il n'est presque plus qu'un étranger ? Par quels moyens tente-t-il de la ramener à leur vérité ? Jusqu'où l'amour l'entraînera-t-il pour la rendre heureuse coûte que coûte ?

Sarah Polley enveloppe ce film humaniste de la neige hivernale. Surface immaculée, traversée par les traces des skis des deux protagonistes. Comme pour mieux interroger les traces du passé. Comme pour employer, avec poésie, les teintes de l'anti-chambre de la mort en contraste avec des décors intérieurs si chaleureux. Un seul regret d'ailleurs : le choix des couleurs de maison de poupée. A noter le jeu remarquable des quatre comédiens principaux.