Très bien, merci

Film français de Emmanuelle Cuau

Avec Sandrine Kiberlain, Gilbert Melki, Olivier Cruveiller

Sortie le 25-04-2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h46

 
 
   

Aux armes, citoyens!

Plus de dix ans après un premier long métrage, Circuit Carole, très remarqué, Très bien, merci marque le grand retour d’Emmanuelle Cuau derrière la caméra. Un retour dicté par une nécessité presque vitale : celle de prendre le pouls d’une société qui, pour la réalisatrice, semble filer un bien mauvais coton.

D’un côté, on a la société de la lettre ; de l’autre, la société de l’esprit. Dans la première, pullulent ceux qui ont pour mission de faire respecter l’ordre et/ou la norme, policiers et personnel psychiatrique, chargés de recrutement ; dans le seconde, ceux qui tentent d’y ménager des îlots de résistance, citoyens anonymes et sans histoires, tantôt guidés par la mauvaise foi (celle du Parisien qu’on ne veut qu’en journal), tantôt victimes des absurdités et des inerties du système. Alex (Gilbert Melki) et Béatrice (Sandrine Kiberlain) sont de la deuxième espèce. Pour n’avoir pas circulé lors d’un contrôle d’identité nocturne, Alex est arrêté : s’enclenche alors un engrenage implacable qui mène le mari de Béatrice à l’internement, au chômage et à la dépression.

Dans cette peinture sociale aux accents kafkaïens et aux couleurs de Playtime, Emmanuelle Cuau tisse avec humour et réalisme le discret réseau carcéral qui, chaque jour, emprisonne davantage dans les réflexes sécuritaires d’une société qui a peur. Une société où la frontière est floue entre le respect globalement nécessaire de la règle et les abus de pouvoirs liés à la nécessité de la faire respecter. Une société rôdée, policée, contrôlée, où rien n’est laissé au hasard, sinon aux hasards de ses angles morts, sur lesquels cette société, jalouse de son ordre, ferme les yeux avec complaisance. Alors, la seule façon de survivre reste l’imagination : celle qui souffle les réparties, celle qui nourrit l’humanisme instinctif, celle qui apprend à contourner la loi pour se réinscrire avec une aisance neuve dans le système qu’elle fonde. La justesse du film est sans doute, par moments, menacée par les invraisemblances et raccourcis du tout-caricatural. Mais l’inquiétante étrangeté, l’angoisse sourde qui émane sous la satire est, quant à elle, bien réelle. Et ne peut que nous questionner sur le devenir de notre société.