3-Zéros

Film français de Fabien Onteniente

Avec Loran Deutsch, Samuel Le Bihan, Gérard Lanvin, Gérard Darmon

Sortie le 24-04-2002
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h37

 
 
   

Il est des films pour lesquels il faudrait oublier ses a priori, oublier une affiche minable et, dans ce cas précis, ses réticences quant au monde du football.

Ceux qui ont été déçus par Grève Party en 1997 et par Jet Set en 2000, ou qui s’attendent à une énième apologie du foot seront agréablement surpris.
3 zéros est en fait une féroce critique du monde footbalistique.

On pourrait stigmatiser le réalisateur, Fabien Onteniente, pour sa prise de risque minime, réemployant le duo qui a fait le succès de Jet Set (Le Bihan/ Deutsch). Aidé par un budget conséquent, il est au moins certain d’attirer les nombreux aficionados du ballon rond. Onteniente, lui-même, a rêvé, comme beaucoup de petits garçons, d’être joueur ou journaliste sportif. En entrant dans le milieu du cinéma il a été choqué par les " affaires ", les scandales, et la médiatisation outrancière des " Bleus " depuis leur victoire en Coupe du Monde 98.

Le thème est commun à Jet Set : les tentatives d’ascension d’un petit groupe dans un milieu qui les fascine, et dans lequel ils risquent de se noyer. Tout commence à Fleury Mérogis, deux détenus : un jeune hongrois, Tibor Kovacs (Loran Deutsch), petit virtuose du foot, se fait repérer par Manu (Samuel Le Bihan), qui rêve de devenir son agent. Manu sort de prison en promettant la gloire à Tibor à sa sortie. Il fait appel à Colonna (Gérard Lanvin) ancien agent-star retiré au Bresil et il parvient à le convaincre de l’aider. Ainsi vont-ils débarquer dans le monde du football où ils ne seront pas les bienvenus.

Le casting est en quelque sorte une synthèse de Jet Set, Le boulet, Astérix et Obelix. Cela nous amène à nous questionner : le monde du cinéma est-il si réduit qu’on ne retrouve toujours que les mêmes acteurs ? On notera cependant la présence de Stomy Bugsy dans un rôle autocritique hilarant. Ou encore Gérard Darmon, incarnant le personnage d’Oscar Marbello, l’Ennemi, grand manitou de la gestion des joueurs, un rôle de méchant bien grinçant et taillé sur mesure. On appréciera le choix judicieux des seconds rôles : Isabelle Nanty, Ticky Olgado, Serge Riaboukine, Firmine Richard et une apparition prophétique de Jean Tibéri (en maire bien sur) lors d’un mariage arrangé.

Le " Système ", c’est comme la Bourse, ça va, ça vient, nous explique Darmon dans une tirade jouissive. Chantage, magouilles, mariages arrangés, publicité, journaux à scandale, mondanités : Onteniente nous projette dans un univers qu’on soupçonnait à peine, où " tout est négociable ". Les clubs ne sont pas tellement friands d’argent, ce qui les intéresse ce sont les scores : ils sont donc prêts à débourser des sommes folles pour contenter les joueurs et leur famille, avides d’argent (une parabole pour mémé, une croisière pour pépé). Ceux-ci sont déshumanisés, manipulés pour n’être plus que marchandise, produit, icône. Derrière la frime, le sport, et l’être humain surtout, disparaissent complètement.

Une B.O musclée qui rythme un scénario en béton, une réalisation, on s’y attendait, sans surprise, si ce n’est poussée par un certain dynamisme qu’impose le choix d’un tel sujet. Le sujet est pertinent, la critique est juste, mais l’ensemble manque de finesse et de légèreté. Les acteurs surjouent, souvent, et les vannes qui fusent à chaque instant pourraient être oubliées. Même si l’on prend plaisir à suivre les aventures trépidantes de ces loustics, la recherche de l’efficacité à tout prix fatigue, et tombe quelque fois à côté de la plaque. Après Le Raid et Le boulet, est-ce vraiment mieux ? En tout cas, c’est moins pire.