Play

Film chilien de Alicia Scherson

Avec Viviana Herrera, Andres Ulloa, Aline Küppenheim, Coca Guazzini, Jorge Alis

Sortie le 11-04-2007
Nombreux Prix dans des Festivals d'Amérique Nord et Sud
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h45

 
 
   

Antonionietta

Quarante ans plus tard, voici l’incommunicabilità à la sauce chilienne. Des personnages se cherchent sans se trouver, la plupart d’entre eux portant des oreillettes ou des casques, comme dans le métro parisien, pour mieux s’isoler des autres. Ces accessoires acoustiques sont aussi la justification de la plupart des interventions musicales qui soutiennent le film. Pour son premier long-métrage, Alicia Scherson n’a pas cherché la facilité, mais elle s’en sort plutôt bien. Contrairement à l’univers d’Antonioni - ennui existentiel dans les couleurs froides de l’Italie du Nord - celui de cette jeune réalisatrice, formée à l’Ecole de Cinéma de Cuba, baigne dans les couleurs dorées de l’été chilien qui rendent plus cruel encore le mal-être des personnages. Mais il ne faut pas redouter une histoire lourde et désespérante : Alicia Scherson, au contraire, traite son sujet avec une légèreté qui flirte avec la comédie.

Cristina est une jeune paysanne du sud du pays (c'est-à-dire des régions froides et pluvieuses du Chili) qui vivote dans la capitale, Santiago, en étant aide-soignante à domicile. Confrontée à la vie urbaine, cette Indienne pauvre est fascinée par les magasins, les boutiques de jeux vidéo et cette fébrilité inconnue dans ses paisibles terres natales. Mais à quel jeu pourrait-elle jouer dans cet univers dont elle connaît si mal les règles ? Un jour, Cristina trouve dans la poubelle de l’immeuble une sacoche abandonnée là par un voleur : elle va partir à la recherche de son propriétaire - qui traverse une grave crise sentimentale et professionnelle - en fumant ses cigarettes et en écoutant ses musiques…

Le film se compose de séquences au découpage très personnel, s’appuyant sur une chronologie éclatée mais limpide. A l’actif de la réalisation, notons aussi le goût d’un récit qui progresse essentiellement par l’image, ce qui nous change des caméras paralytiques qui se contentent d’enregistrer passivement les dialogues échangés par des comédiens assis. Alicia Scherson s’intéresse même au générique et nous propose un très élégant prologue où l’héroïne évolue parmi les titres qui apparaissent dans le décor de la rue. La bande sonore est également l’objet de son attention et un subtil mixage dose les espaces sonores où d’efficaces interventions musicales s’infiltrent entre les nombreuses plages de variétés qu’écoutent les différents protagonistes dans leurs casques. Des comédiens très populaires au Chili encadrent les deux jeunes héros de Play, l’étrange Viviana Herrera et le tristounet Andres Ulloa qui font là des débuts prometteurs. Un seul regret : dans le dernier tiers, le récit s’enlise et la filature de Cristina frise le fastidieux. Quelques judicieuses coupes allégeant le film de dix minutes ranimeraient l’intérêt et le charme disparus en cours de route. Malgré cela, les qualités de ce premier film l’emportent largement sur ses quelques faiblesses et révèlent une jeune cinéaste au talent très personnel.