Miss Potter

Film anglais de Chris Noonan

Avec Renée Zellweger, Ewan McGregor, Emily Watson

Sortie le 28-03-2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h32

 
 
   

Le mièvre et la tortue

Miss Potter c’est Beatrix Potter, le célèbre auteur de livres illustrés pour enfants qui vivait dans l’Angleterre victorienne et a laissé une ½uvre qui ne se démode pas, génération après génération, puisque madame J.K. Rolling a même donné son nom au célébrissime héros de sa série : Harry.

A une époque où il était inconcevable qu’une femme travaille, Beatrix reçut l’éducation classique des jeunes bourgeoises nanties en attendant d’être présentées au mari inconnu que lui donneraient ses parents : parmi les arts d’agrément prodigués, elle favorisa le dessin pour lequel elle avait un réel talent. Elle s'amusait en envoyant des lettres illustrées aux enfants des relations de la famille jusqu’à ce qu’elle décide d’en faire un album qu’elle proposa, sans succès, à divers imprimeurs. Devant cet échec, elle le publia à compte d’auteur. Le succès fut immédiat et déclencha l’intérêt d’un éditeur plus courageux qui la prit sous contrat. Devant la faveur du public, elle écrivit d’autres histoires qui connurent le même engouement : Beatrix devint très riche mais, à quarante ans, habitait toujours chez papa et maman. Elle finit par tomber amoureuse du frère cadet de l’éditeur, ce qui horrifia ses parents – vivant de rentes confortables -considérant comme une mésalliance de voir un travailleur entrer dans la famille. Beatrix tint bon et les fiançailles furent finalement annoncées…

J’arrête là pour vous laisser, tout de même, découvrir la suite des évènements d’une vie si palpitante ! Il faut reconnaître qu’il n’est pas facile de scénariser une existence aussi terne dans laquelle l’achat d’une maison de campagne devient un événement fondamental. On voit bien que les auteurs, voulant échapper à la mièvrerie menaçante, tentent d’orienter l’histoire vers le combat des femmes pour leur émancipation, mais le jeu minaudant de Renée Zellweger ne sert guère cette juste cause. C’est étrange de voir cette charmante comédienne, pleine d’humour dans Bridget Jones ou Nurse Betty, basculer ainsi dans une afféterie porcine qui frise la caricature. La réalisation très soignée de Chris Noonan, saupoudrant le récit de discrets effets spéciaux pour donner vie aux dessins de Beatrix, est d’un académisme garanti pur jus victorien, ce qui, finalement, rend certainement service au propos du film. Rappelons que, dans un autre genre, c’est le même réalisateur australien qui avait fait Babe, le cochon parlant en 1995, preuve de son intérêt constant pour les trucages et les animaux. Il ferait certainement une très bonne adaptation de Truismes, de Marie Darrieussecq (avec Renée Zellweger dans le rôle de la narratrice, évidemment).