Par Effraction
Breaking and Entering

Film anglais de Anthony Minghella

Avec Jude Law, Juliette Binoche, Robin Wright Penn, Martin Freeman, Ray Winstone, Vera Farmiga, Rafi Gavron, Poppy Rogers

Sortie le 14-03-2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h59

 
 
   

Entre deux Mères

Cette très belle histoire brasse tant d’éléments différents qu’on pourrait en tirer un éventail de films : le drame conjugal, la vie des émigrés dans les grandes villes, la délinquance juvénile, une enquête policière, la crise de l’adolescence, la réhabilitation des quartiers anciens, les prostituées d’Europe Centrale… J’arrête là cette liste inutile puisque Anthony Minghella, également auteur du scénario, a parfaitement imbriqué tous ces sujets pour réaliser son dernier film : Par Effraction.

Will, architecte paysagiste londonien, vit maritalement avec la blonde Suédoise Liv, mère d’une fille adolescente, difficile et phobique, qui entame sérieusement l’harmonie de leur vie de couple. Heureusement, le grand projet d’aménagement auquel il travaille lui permet d’oublier ses tracas domestiques, d’autant qu’il vient d’inaugurer des bureaux tout neufs installés dans un quartier difficile en pleine rénovation. Mais le matériel informatique accumulé dans ces luxueux locaux tente une bande de jeunes voleurs qui vient cambrioler les lieux à plusieurs reprises. Excédé, Will arrive finalement à filer un des jeunes qui le conduit involontairement jusqu’à sa mère, la brune Bosniaque Amira, qui fait de la couture pour survivre depuis qu’elle a fui Sarajevo où son mari est mort. Désemparé par l’univers qu’il découvre, Will n’ose plus dénoncer le fils cambrioleur et ne parvient pas à maîtriser ses sentiments à l’égard de ces deux mères protectrices, la blonde et la brune, également attirantes.

D’excellents comédiens incarnent cette histoire qui assume son penchant vers le mélodrame. Pourquoi pas ? Si un réalisateur a l’audace aujourd’hui de réhabiliter ce genre délaissé, les nostalgiques de Donald Sirk vont reprendre des couleurs en voyant ce mélo retenu, discret, maîtrisé, succéder aux mélos flamboyants des années 60, d’autant que Anthony Minghella évite les trop grosses ficelles sentimentales en modernisant habilement les personnages par l'arrière-plan politique qui sous-tend les situations. Ultime atout,une fin ambiguë tente de conclure cette histoire amère d’amours impossibles.