The Good German

Film américain de Steven Soderbergh

Avec George Clooney, Cate Blanchett, Tobey Maguire

Sortie le 14-02-2007
Compétition officielle Berlin 2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h46

 
 
   

Berlingolade

Trop prolifique, Steven Soderbergh ne peut qu’en devenir suspect… Peut-on ne faire que de bons films à un tel rythme de production ? C’est ce que le réalisateur américain semble croire, multipliant les expériences cinématographiques les plus diverses en pariant que l’inattendu pourra contenter les spectateurs, à défaut de perfectionnisme. The good German force les derniers récalcitrants à se rendre à l’évidence : Soderbergh s’est laissé entraîné par son hyperactivité au détriment de sa créativité.

Le dernier opus du réalisateur américain, adapté d’un roman de Joseph Kanon, en est la preuve à maints égards. Son scénario, plutôt bien ficelé, était le matériau de base idéal pour mettre en ½uvre une expérience cinématographique à moindres frais (créatifs) : le journaliste américain Jake Geismer remet les pieds à Berlin en 1945 pour couvrir la conférence de Postdam où les Alliés entendent décider du sort de l’empire allemand vaincu. Geismer retrouve son ex-maîtresse Lena par l’intermédiaire de son chauffeur, Tully, profiteur d’après-guerre dont le meurtre en secteur russe, trop vite étouffé, conduit Geismer à enquêter. Ses soupçons se portent bientôt sur Lena, étrange et fantomatique, qui va l’amener à découvrir de noires rivalités entre Russes et Américains. Un scénario de film noir comme il faut.

Quant au dispositif expérimental, il repose une fausse bonne idée : la mise en oeuvre de tous les moyens techniques et stylistiques (noir et blanc, grain de la pellicule, objectifs de prise de vue, lumières, direction d’acteurs, etc.) pour tourner « à la manière » des films de l’âge d’or hollywoodien. Casablanca, Le dernier homme, Les Enchaînés, La griffe du passé, autant de références formelles et diégétiques dont Soderbergh s’est nourri pour composer son film. Un film-hommage, donc – pourquoi pas. A condition que le polyvalent réalisateur en fît la matière d’une relecture moderne et subversive du cinéma classique et de l’immédiat après-guerre, en détournant les codes de l’un pour découvrir avec subtilité les zones d’ombre de l’autre. De ce pari, Soderbergh ne semble avoir gardé que l’introduction de la violence et de la nudité, pied de nez à la censure de l’époque de ses magistraux prédécesseurs. Mais n’est-ce pas là contre-application un peu trop naïve de règles issues d’un temps révolu ? Est-ce si simple, d’imiter pour recréer ? Si The good German reste plaisant à regarder, cet exercice de style ne laissera sans doute pas de souvenir impérissable chez les spectateurs – excepté peut-être chez Soderbergh, complaisant spectateur de lui-même.