The Good German

Film américain de Steven Soderbergh

Avec George Clooney, Cate Blanchett, Tobey Maguire

Sortie le 14-02-2007
Sélection au Festival de Berlin 2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h46

 
 
   

A la manière de...

Belle entreprise de Steven Soderbergh pour ranimer l’esprit et l’esthétique des grands films noirs américains de la fin des années Quarante : format carré, noir et blanc à haut contraste dont les gris sont exclus, musique vintage de Thomas Newman (fils d’Alfred), une énigme à résoudre dans le Berlin détruit de la fin de la guerre, nous sommes dans le jus de Casablanca ou du Troisième Homme, sans avoir une impression de plagiat ou de parodie.

George Clooney, Cate Blanchett et les comparses reprennent tout naturellement les rôles qu’auraient tenus Bogart, Bergman, Welles, Bacall ou Peter Lorre. Après un temps d’accoutumance à ce format désuet, l’intensité de ce récit « à l’ancienne » rend rapidement dérisoires notre accoutumance au scope, à la couleur et aux incontournables effets spéciaux numériques. Soderbergh mélange en virtuose les plans d’actualités authentiques avec son Berlin en ruines entièrement reconstitué dans les studios de la Warner, allant même jusqu’à réutiliser les fonds de transparence tournés par Billy Wilder pour A Foreign Affair en 1948.

Mais l’intérêt de The Good German ne se limite pas seulement aux prouesses techniques : il réside surtout dans la hardiesse cynique d’un scénario (tiré d’un roman de Joseph Kanon) qu’il était impensable de faire accepter dans l’immédiat après-guerre, période où le monde était clairement divisé entre les bons (nous) et les méchants de l’axe du mal, comme dirait l’autre. Soderbergh remet en question cette vision simplificatrice et jette dans le même sac douteux Allemands, Américains et Russes. Dans le superbe Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood adopte une démarche identique au sujet des Japonais qui ne sont plus présentés, enfin, comme les habituels sous singes cruels et grimaçants des films de propagande.

The Good German décrit donc la chasse aux ingénieurs allemands inventeurs des armes nouvelles (fusées V1 et V2) qui faillirent changer l’issue de la guerre. Pour les deux camps, alliés d’hier mais déjà au bord de la Guerre Froide, il ne s’agit pas de capturer ces brillants serviteurs du nazisme pour les pendre mais de les enrôler afin qu’ils mettent leurs compétences au service des vainqueurs, car c’est bien grâce à eux que Russes et Américains vont réussir la conquête spatiale. Sur ce thriller politique se greffe une histoire d’amour impossible, dans la grande tradition hollywoodienne, qui se termine par une séquence d’aéroport, hommage transparent à la fin de Casablanca.

Certains pourront se demander quel est l’intérêt d’une telle démarche et s’il n’est pas préférable de revoir les films originaux. C’est, évidemment, une bonne question. Mais il n’est pas interdit d’aimer les deux tant l’évidente jubilation re-créatrice de Steven Soderbergh et de ses comédiens est contagieuse.