Ping pong

Film allemand de Matthias Luthardt

Avec Sebastian Urzendowsky, Marion Mitterhammer, Clemens Berg

Sortie le 24-01-2007
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h29

 
 
   

Ping pong, pile face

Sélectionné à la Semaine Internationale de la Critique au festival de Cannes en 2006 et notamment récompensé par le Prix SACD, ce premier long métrage du cinéaste allemand Matthias Luthardt pose un regard acéré sur les charmes indiscrets de la bourgeoisie.

Paul a 16 ans et vient de perdre son père. En quête de repères, il s'invite chez son oncle Stefan, sa tante Anna et son cousin Robert qui forment tous trois une famille idéale au premier abord. Sans oublier le chien Schumann, une bête épanouie, preuve vivante du bien-être et de l'harmonie qui règnent dans cette demeure. Paul leur arrive les mains vides. Il n'a rien à donner, il vient juste «recevoir ». L'adolescent s'installe et avec lui le malaise. Se sentant vite de trop, Paul décide de se rendre indispensable en rénovant la piscine du jardin. Pendant que Robert joue du piano de ses mains de jeune virtuose, celles de Paul manipulent peinture, ciment et carrelage. Et au fur et à mesure que la piscine prend forme, leurs parties de ping pong deviennent les interludes silencieux d'une partition toujours plus gâtée par les fausses notes.

Matthias Luthardt utilise le regard neuf du jeune intrus pour aborder les enjeux relationnels sous-terrains qui se distillent au coeur d'un trio se déclinant tout au long du film : Anna, Stefan et Robert ; Anna, Robert et le chien. Comme pour mieux amener le trio explosif, où tout prend sens dans des corps à corps maladroits: Anna entre Robert et Paul. Les deux garçons sont soumis à cette femme autoritaire ; le premier de façon existentielle, le second sexuellement. Car la relation cordiale qui liait Paul et sa tante au départ, devenue vite ambiguë, les a finalement conduits à l'acte sexuel. Anna mène ses hommes à la baguette,
comme elle mène en parfaite maîtresse son animal domestique par le bout du nez (du museau). Mais à la différence de son chien, son fils et son neveu sont doués d'un instinct de survie humain, qui leur fera renverser les rapports entre force et fragilité, et de la soumission, les mènera à la jouissance d'une certaine révolte.

Véritable étude d'une bourgeoisie des apparences, où tout ne devrait être qu'ordre et réussite, et où une mère « investit », avec l'accord total du père, dans leur fils pour réaliser à travers lui des rêves sans doute devenus à elle inaccessibles, ce film repose notamment sur des procédés scénaristiques extrêmement efficaces. La blessure que Paul se fait au bras avec une tronçonneuse menace de s'infecter, tout comme lui met en péril l'équilibre et l'harmonie de la bienséance en révélant, par ce qu'il observe et ce qu'il éprouve, les souffrances et les mensonges inavoués. L'alcoolisme de Robert n'est autre que la noyade, l'enfouissement de ses émotions et de ses désirs réels sous le masque du consentement. A cette maladie de l'hypocrisie, répondra la noyade finale, pied de nez presque enfantin aux machinations des adultes...