The navigators

Film anglais de Ken Loach

 
   

Par Henri Lanoë

 
 
   

Je crains qu’il n’arrive aujourd’hui à Ken Loach ce qui frappe Woody Allen désormais : l’accoutumance au talent, surtout lorsqu’il est prolifique, qui nous rend de plus en plus blasés, injustes et ingrats.

Parmi ceux qui feront la fine bouche, combien seraient capables d’une telle fécondité dans la création ? Il n’empêche...

The Navigators est un film loachissime, bien meilleur que le dernier (Bread and Roses), dont le manichéisme simpliste était vraiment indigne de l’auteur de Raining Stones, et pourtant l’impression de déjà vu laisse insatisfait, tant l’inspiration semble s’auto-cloner. Les conflits, les personnages, les lieux sont tellement identiques d’un film à l’autre qu’on a, désormais, l’impression de voir se dérouler la même histoire dont l’originalité dans le traitement ne nous surprend plus.

Il est difficile de réussir à chaque fois la scénarisation des conflits sociaux et cette équipe de cheminots britanniques qui affronte la crise dans des scènes répétitives et un peu confuses finit par lasser l’intérêt. Loach essaye d’y remédier en agrémentant l’austérité de ce métier ingrat et méconnu ("Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ?" - "Je veux poser des rails comme papa !") par des touches d’humour ou de démêlés extra-conjugaux, mais ils viennent un peu comme des hairs in the soup, car la crise professionnelle que vivent ces hommes devrait suffire à maintenir la tension et notre intérêt. La fin dramatique, pressentie depuis le début, semble plus destinée à réveiller, in extremis, le morne déroulement de cette histoire qu’à prévenir les accidents du travail.

On dit souvent que les réalisateurs font toujours le même film : Ken Loach ne fait pas mentir cette remarque et cela m’attriste car j’aime beaucoup, globalement, ce qu’il a apporté au cinéma et j’aurais souhaité rester sous le charme.