The Barber (The man who wasn't there)

Film américain de Joel et Ethan Coen

Avec Billy Bob Thornton, Frances Mc Dormand.

 
   

Par Christophe Chauvin

 
 
   

Le nouveau film des frères Coen est bien à l’image de Billy Bob Thornton interprétant ce " barber " : magistral !

Faisant preuve de toujours plus de brio dans la mise en scène, Joel et Ethan nous prouvent encore une fois qu’ils ont plus d’un tour dans leur caméra (mais quand s’arrêteront-ils ?!) !

Le personnage principal est ici, comme l’indique le titre, un coiffeur : taciturne et las de la vie, Ed Crane est employé par son beau-frère (qui parle beaucoup trop à son goût) et sa femme le trompe avec un ami. Un jour, un homme lui propose un marché contre une grosse somme d’argent : Crane voit alors la possibilité de changer de vie et met en place un astucieux chantage qui va l’entraîner dans toutes sortes de péripéties. Rappelant les films d’Orson Welles, notamment La Soif du Mal, le film rend incontestablement hommage au polar des années 40-50, non seulement par une intrigue bien ficelée, mais surtout par un noir et blanc magnifique (à la David Lynch) et une mise en scène qu’on a rarement vue aussi raffinée, aussi fluide, aussi parfaite : on sent que chaque plan est travaillé longuement, que chaque mouvement de caméra est calculé au millimètre près, enveloppant le spectateur dans une atmosphère à la fois lugubre et envoûtante. Pour leur nouveau film, les Coen Brothers ont choisi un tout autre genre que celui de leurs précédents films, qu’ils s’approprient pour y ajouter leurs touches personnelles : on reconnaît l’histoire du mari qui utilise sa femme à des fins lucratives (Fargo), les loufoqueries de The Big Lebowski et d’O’Brother, Where art thou ? ou encore une réflexion subtile à la Barton Fink. Et, effectivement, il est bien question de réflexion dans cette histoire riche en rebondissements qui s’articule autour du personnage du coiffeur : Ed Crane, en effet, veut changer de vie par tous les moyens et il nous communique, grâce au talent de l’acteur, son mal-être : personnage impassible, toujours en retrait, abstraction à qui personne ne parle, Crane est en quelque sorte un fantôme, il n’existe pas. Personne ne faisant attention à lui, il est à la recherche d’un sens de son existence. Derrière le scénario complexe et l’humour tranchant de The Barber, se cache la belle réflexion d’un "homme qui n’est pas là" sur la vacuité de sa vie. Vous me direz peut-être : "Mais 1H56 pour raconter l’histoire d’un tel homme, ce n’est pas un peu long ?" Peut-être un peu, oui, mais c’est tellement beau !