Mon colonel

Film français de Laurent Herbiet
D'après le roman de Francis Zamponi

Avec Olivier Gourmet, Cécile de France, Robinson Stévenin, Eric Caravaca, Charles Aznavour

Sortie le 15-11-2006
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h51

 
 
   

Tortures inavouées

Paris, aujourd'hui. Un colonel meurt assassiné. Des envois anonymes à la police et au ministère de la défense conduisent au meurtrier mais dévoilent également les secrets les mieux gardés. Le journal d'un jeune aide de camp, Guy Rossi, porté disparu en 1962, fait le jour sur les tortures infligées par le colonel Duplan durant son service à la garnison de Saint Arnaud, en Algérie, entre 1957 et l'indépendance algérienne.

Adapté du roman homonyme de Zamponi, le film de Laurent Herbiet revient sur les zones d'ombre de notre Histoire et sur la question de la torture pendant la guerre d'Algérie mais bien entendu cette réflexion s'étend à d'autres réalités historiques tout aussi détestables perpétrées à d'autres époques sur d'autres terres et par d'autres acteurs. Si l'on ne peut pas vraiment qualifier le film d'Herbiet d'engagé, on peut néanmoins constater sa volonté de dénoncer ces crimes souvent passés sous silence.
Dans les fastueux bureaux du ministère de la Défense, le personnage du lieutenant Galois, interprété par Cécile de France, découvre avec horreur cette réalité à travers les yeux ou plutôt les lignes, le témoignage de Rossi qui avait, à l'époque où il rédigeait et vivait ses dernières années, l'âge de la jeune fonctionnaire des armées.
Son journal et leurs regards, leur innocence face au monde et à la réalité des faits, établissent un pont entre les deux époques et nous permettent ce constant va-et-vient. Herbiet signe ici un film historique par son contenu et politique par son message. Mon colonel nous montre avec froideur et distance les horreurs de l'occupation militaire et ses dérives. Froideur impassible et sadique véhiculée par le personnage du colonel à laquelle s'oppose la sensibilité décalée et inapproprié du nouveau venu Rossi qui n'en finit pas d'arriver (« Regardez Rossi : ça fait des mois qu'il est là et il n'en finit pas d'arriver ») et d'être bouleversé.
Cette incapacité à s'adapter à la situation et à la mentalité le conduira à sa perte, tandis qu'un justicier invisible et manipulateur fait ressurgir cette tragédie des dizaines d'années plus tard. Non que la blessure soit fermée, non que les crimes soient oubliés et les souffrances pardonnées mais parce qu'il nous faut prendre conscience de notre passé, dans ce qu'il a de meilleur et dans ce qu'il a de pire.