Tanguy

Film français de Etienne Chatiliez

Avec Sabine Azéma, André Dussolier, Eric Berger, Hélène Duc...

 
   

Par Henri Lanoë

 
 
   

A cette époque de l’année où déferlent les Blockbusters made in U.S.A., le cinéma français fait le gros dos en attendant le passage de l’ouragan. On peut douter des chances de La Plage Noire de Michel Piccoli ou de Sauvage Innocence de Philippe Garrel, films sortis de façon suicidaire au milieu de ce déferlement. Je reconnais que, même dans une période plus calme, il y a des films "difficiles" qui risquent peu de se retrouver en tête du box-office. Cependant, le bilan global de l’année est plutôt réconfortant, qui voit quatre films français en tête du classement, avec une honorable treizième place pour Tanguy qui coiffe American Pie 2, ce qui est assez réconfortant.

Mais il semble que le film de Chatiliez ne trouve pas son public dans la jeune génération malgré (à cause de ?) son sujet. Rappelons que ce réalisateur développe un humour assez destructeur qui demande, peut-être, une certaine maturité pour être apprécié. Curieux de nature, je suis allé voir ce Tanguy abandonné des jeunes et j’ai été plutôt agréablement surpris, malgré le couple Azéma / Dussolier que je redoutais et qui est presque aussi amusant que dans La Chambre des Officiers, mais cette fois-ci, c’est voulu. Le public prend plaisir aux aventures de ce grand dadais cocooné qui affiche un inébranlable amour filial devant des parents de plus en plus indignes. Rien à voir avec le héros paresseux de 101 Reykjavik qui s’incrustait chez sa mère en parasite : Tanguy est un étudiant travailleur, déjà prof de chinois, dont l’intense activité sexuelle ne pose problème que parce qu’elle se déroule sous le toit familial.

Le scénario, d’un humour plus que noir, s’en prend à des interdits qui paraissent fondamentaux : l’amour maternel évoluant progressivement vers le désir d’infanticide n’est pas une donnée courante de la comédie. Est-ce parce que cette menace le choque que le jeune public boude le film ? Est-il vexé par la caricature dont il est l’objet ? N’y a-t-il que des parents pour pouvoir en apprécier le sel ? Pourtant, les plus égratignés par les coups de griffes de Chatiliez sont bien les parents, alors que le fils reste impeccable, patient et tendre sous l’orage qui vire au cataclysme.

Tout n’est pas réussi malheureusement et la conclusion de ce conflit manque de l’idée brillante qui bouclerait un scénario si bien commencé, comme le " nobody’s perfect " de Some like it hot. La dernière séquence se traîne dans un Pékin qui rappelle la fin laborieuse de Augustin, roi du Kung-fu, qui, lui aussi, trouvait le bonheur dans un mariage chinois devenu, semble-t-il, la solution préférée des scénaristes paresseux.