Princesas
Princesas

Film espagnol de Fernando Leon de Aranoa

Avec Candela Peña, Micaela Nevarez

Sortie le 08-11-2006
 
   

Par Esther Castagné

 
 
   

Caye en la calle

Caye se prostitue en attendant mieux. Elle met scrupuleusement son argent de côté pour se refaire les seins. Elle en veut de plus gros… Mais la profession est en crise depuis que des beautés exotiques – et moins coûteuses – débarquent d'Amérique latine. Pourtant quand Caye rencontre Zulema, une potentielle rivale, elles unissent leurs solitudes et deviennent amies. Et si leurs chemins ne font que se croiser, ils laisseront pourtant en elles un lien indéfectible quels que soient leur destinée et leur éloignement.

Dur, poignant, âpre, Princesas ne sombre jamais dans la complaisance ou le voyeurisme malsain. Après Les lundis au soleil, Fernando Leon de Aranoa se penche également avec succès et discernement sur un autre milieu, celui de la prostitution. Il brosse ici le portrait de deux femmes désespérément seules bien que pour des raisons fort différentes.
Caye, l'autochtone, ne sait ni aimer, ni s'aimer et souffre de l'incompréhension et de l'indifférence des siens. Zulema, l'immigrée, souffre du déracinement, de la perte provisoire mais déchirante des êtres qui lui sont chers. Toutes deux cherchent à survivre dans cette jungle hostile et impitoyable qu'est la rue.
La prostitution les éloigne toujours plus du monde et leur rencontre les aide à supporter cette humiliation perpétuelle, cette souffrance – physique ou morale – sans cesse renouvelée.
Jamais la caméra d'Aranoa n'est insistante ou indiscrète, elle se fond dans le paysage, dans cet univers urbain interlope. On pourrait parfois presque croire à du documentaire mais la qualité du jeu des actrices ne trompe pas. Les deux jeunes femmes incarnent leurs personnages avec finesse, laissant transparaître leurs émotions avec un certaine pudeur ou du moins en restant toujours dans la retenue.
Des rires aux larmes, on plonge avec elles dans le monde de la prostitution, et, avec elles, on en ressort différents : bouleversés, révoltés, avec un regard plus humain sur cette réalité qu'on aurait pu arbitrairement condamner.