Libero
Anche libero va bene

Film italien de Kim Rossi Stuart

Avec Alessandro Morace, Kim Rossi Stuart, Barbra Bobulova, Marta Nobili

Sortie le 08-11-2006
Festival de Cannes 2006: Quinzaine des réalisateurs. Prix de la CICAE.
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h48

 
 
   

Enfance tronquée

Tommi vit avec son père et sa soeur aînée car sa mère n'est là que par intermittence. Toujours proche de la dépression, ce père célibataire impose à ses enfants de grandir plus vite que ne le voudrait la nature. Il les responsabilise, les propulse involontairement dans l'âge adulte.
Sensible, Tommaso vit cette situation familiale comme une souffrance sans cesse renouvelée, conscient que les retours miracle de sa mère, que ses repentirs ne seront une fois de plus qu'éphémères et chimériques. Comme il le dit si bien, « de toute façon elle repartira » (« tanto se ne riva »).
Ce n'est que dans son refuge, sur ce toit d'immeuble désert d'où il surplombe Rome, que Tommi trouve l'apaisement. Enfin libre, il peut vivre ses rêves d'enfant et oublier ses préoccupations uotidiennes.

On pouvait craindre un film sur l'enfance. On pouvait également craindre le sentimentalisme. On pouvait redouter la première réalisation d'un acteur. Kim Rossi Stuart en signant son premier film évite toutes ces critiques. On ne retient de ce film que la grâce qui s'en dégage dès les premières images.

Cet état de grâce on le doit en premier lieu au merveilleux interprète de Tommi qui donne vie à son personnage et nous le fait aimer instantanément. Alessandro Morace est touchant et réussit à transmettre les émotions et les sentiments contradictoires qu'éprouve Tommi. Son regard enfantin d'une grande douceur mais au fond duquel on décèle néanmoins une certaine gravité allant même parfois jusqu'à la tristesse nous guide au travers de cette histoire pas comme les autres. Et l'on ne doute pas un instant de sa sincérité, ni de ses souffrances, ni de la sympathie qu'il inspire à tous ceux qui croisent son chemin.

à ses côtés, son père, incarné par Kim Rossi Stuart lui-même. Un père un peu paumé et assez maladroit. L'acteur trop souvent employé pour sa belle gueule et son physique avenant nous prouve ici – si on l'ignorait – qu'il est également un grand comédien et que son registre est bien plus étendu que sa filmographie pourrait le laisser paraître. On l'apprécie donc dans ce contre-emploi qui lui permet de composer ce personnage fragile et colérique, cet homme blessé qui a du mal à accepter ses échecs et ses erreurs.
Et puis il y a les femmes, moins convaincantes ou du moins plus irritantes : la soeur est l'adolescente typique tandis que le déséquilibre profond de la mère se traduit par un mélange d'hystérie, d'immaturité et d'incohérence. Ceci étant, elles participent à la réussite du film, tout comme les excellents seconds rôles notamment d'Antonio et Monica, les ami et amoureuse de Tommaso.

Kim Rossi Stuart doit avoir le don de capter l'authenticité et le miracle de l'enfance. Mais il ne se limite pas à cela. Son film prouve également qu'il a de grandes qualités de réalisateur, parmi lesquelles la capacité de tenir un scénario de bout en bout, de diriger ses acteurs et de ne rien laisser au hasard, depuis l'image jusqu'à la musique et aux décors.

On pleurait depuis longtemps le cinéma italien des belles années, Kim Rossi Stuart nous redonne espoir. Contre toute attente, Libero est le film transalpin le plus séduisant et le plus prometteur qu'on ait vu depuis des années. On souhaite que d'autres suivent et que ce cinéma jadis si riche retrouve de son panache. Mais, en attendant, grazie a te, Kim ; grazie mille !