Scoop

Film américain de Woody Allen

Avec Scarlett Johansson, Hugh Jackman, Woody Allen

 
   

Par Baptiste Jacomino


Durée: 1h36

 
 
   

Meurtres mysterieux à Londres

Après un inoubliable détour dramatique, Woody Allen revient à ses anciennes amours. Il retrouve le tempo vif, aux allures mozartiennes, dont il s’était quelque peu éloigné dans Match Point. Il renoue avec comique morbide.

Le film s’ouvre et se ferme sur des scènes de gags sur le Styx. Les marques d’ambiguïté ne s’arrêtent pas là. Woody Allen parvient à tenir à la fois un suspense efficace et une course de vitesse comique, lui qui dit que celui de ses films qu’il préfère est Meurtre mystérieux à Manhattan. La trame policière du film, qui rappelle celle de Suspicions d’Hitchcock, n’est pas étouffée par les aspects parodiques. A force de répéter, depuis quarante ans, les jeux comiques et les effets de contraste qui fondent son style, Woody Allen en arrive à manifester une aisance très jouissive pour le spectateur. Les scènes s’enchaînent vivement et sans heurt. Le jeu des deux acteurs principaux (Scarlett Johansson et Woody Allen lui-même) est fluide, efficace, sans boursouflures ni hésitations. Malheureusement, Hugh Jackman n’a ni cette aisance, ni l’obscurité que l’on attendrait de son personnage. Il est un peu écrasé par la star tant attendue du film : Scarlett Johansson, nouvelle égérie de l’auteur, semble-t-il, après Diane Keaton ou Mia Farrow. Woody Allen la filme avec émerveillement, lubricité et ironie, tout particulièrement dans une séquence en maillot de bain, dans la piscine d’un club londonien. C’est pourtant une Scarlett Johansson toute différente de celle de Match Point qui apparaît ici, plus proche de la Lolita de Kubrick et des intellectuelles à lunettes que Woody Allen filmait dans les années 1970. Celui-ci s’offre quant à lui un personnage qu’il aime depuis toujours, celui du magicien. Ce rôle permet évidemment une série d’allusions méta-poétiques très comiques, le personnage metteur-en-scène-acteur ne manquant pas d’évoquer le metteur-en-scène-acteur véritable. Dans une de ces allusions, le personnage joué par Woody Allen déclare par exemple : « Je suis né dans la religion israélite mais je me suis progressivement converti au narcissisme ». Woody Allen fait plus que jamais du Woody Allen, et il le fait à merveille.