Taking sides

Film hongrois de Istvan Szabo

Avec Harvey Keitel, Stellan Skarsgard

 
   

Par Laurent Tessier


Durée: 1h45

 
 
   

En 1946, sous l’égide des alliés, une vaste campagne de dénazification prend place en Allemagne, afin de punir coupables et collaborateurs.

A Berlin, le major américain Steve Arnold (Harvey Keitel) est chargé de déterminer la culpabilité du plus prestigieux et du plus charismatique des chefs d’orchestres allemands : Wilhelm Furtwängler (Stellan Skarsgard).

Adapté de la pièce de Ronald Harwood Taking Sides (A torts et à raisons), le film d’Istvan Szabo conserve le parti pris de son auteur, qui consistait à laisser le spectateur libre de son interprétation, de son jugement : ici pas de vérité toute faite, pas de bons ou de méchants désignés. La mise en scène de Szabo hérite (comme c’est malheureusement souvent le cas dans les adaptations cinématographiques de théâtre), d’une certaine lourdeur conventionnelle, de la froideur des reconstitutions historiques minutieuses. Cependant, et c’est ce qui fait toute la force du film, il fait merveille dans le jeu subtil qui consiste, pendant toute la durée du film, à nous balancer, nous ballotter, nous questionner… Tantôt on se prend à détester ces américains incultes qui jugent sans connaître, qui mélangent tout : on a envie de quitter la salle quand l’" ignoble " major oblige le chef d’orchestre à regarder un film montrant les camps de concentration, tant l’amalgame semble facile, et puis, dans la scène suivante, tel détail ou tel argument nous fait revenir sur notre " fascination " pour ce musicien aimé et adulé… par Hitler et ses généraux.

Chacun dans leur rôle, Keitel et Skarsgard campent magnifiquement cet affrontement : Keitel oscille entre charme, humour et intransigeance implacable, tandis que Skasgard passe du solennel imposant au pathétique torturé.

Ces tirades et ces échanges, entrecoupés d’interprétations de Beethoven ou de Bruckner, nous laissent finalement une impression étrange, a cent lieues de la certitude qu’amène la conclusion de bien des films " historiques " : des doutes, des questions restent en suspens qu’il reste à chacun de ressasser, à la recherche d’une hypothétique vérité.