Les lumières du faubourg
Laitakaupungin valot

Film afghan de Aki Kaurismäki

Avec Janne Hyytiäinen,Maria Heiskanen, Maria Järvenhelmi

Sortie le 25-10-2006
Festival de Cannes 2006. Compétition officielle.
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h20

 
 
   

Chienne de vie

Koistinen travaille la nuit. Il est vigile pour une société de gardiennage. Mais tout cela n'est que provisoire. Bientôt il va monter sa propre boîte. Ses collègues vont le suivre, quelques-uns en tout cas. Et il va enfin gagner suffisamment d'argent pour mener la belle vie et non plus cette existence sordide. C'est du moins ce qu'il croit – ou cherche à croire – et ce qu'accepte de croire Aila, sa seule et unique connaissance à défaut de pouvoir dire amie (elle a un faible pour lui, lui ne la voit même pas).
La vie, injuste, en décide autrement et Koistinen, manipulé par un ignoble personnage sans scrupules, se retrouve accusé d'un vol qu'il n'a pas commis.

Kaurismäki raconte cette histoire tragique dans son style inimitable : avec l'ironie, le détachement et le pessimisme qui lui sont propres. Le caractère monocorde du jeu des acteurs et tout particulièrement du protagoniste, les décors à base de terrains vagues et autres no man's land déprimants, la mise en scène minimaliste, tout contribue ici à mettre en valeur l'absurdité et l'injustice de la vie que mène cet homme lambda.
La dure réalité dépeinte ici est montrée avec une telle distanciation que toute empathie avec le personnage est impossible.
Kaurismäki s'appuie sur l'humour noir pour représenter cette tragi-comédie désabusée où le personnage a parfois des airs de Charlot des temps modernes. On retrouve la patte du maître finlandais tant sur le plan de l'intrigue que sur celui de la technique cinématographique.
Lumières (évidemment) et bruitages – ou absences de son – jouent un rôle fondamental dans la mise en place d'une situation et la direction d'acteurs de Kaurimäki tout comme leur placement dans l'espace dépendent de cet environnement tout entier destiné à mettre en relief la solitude du personnage et de l'homme en général, ainsi que le cinéaste l'avait déjà fait dans ses précédents films (L'homme sans passé (2002), Au loin s'en vont les nuages (1996)).
L'éclairage, la photographie des Lumières du faubourg sont donc un élément prépondérant du film, élément qui permet de révéler l'humanité impuissante de Koistinen, l'humanité cruelle de son 'bourreau', l'humanité cupide et indifférente de l'appât (Mirja) et celle, amoureuse de Aila. Humour toujours dans ce monde si sombre. L'oeuvre d'un cinéaste résigné qui « s'empresse de rire de tout de peur d'avoir à en pleurer ».