Mémoires de nos pères
Flags of our fathers

Film américain de Clint Eastwood
Adapté d'une histoire vraie. Adaptation du livre de James Bradley et Ron Powers.

Avec Ryan Phillippe, Adam Beach, Jesse Bradford, Barry Pepper

Sortie le 25-10-2006
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 2h12

 
 
   

Au nom du père

Février 1945. Cinq marines et un médecin de l’armée américaine plantent un drapeau dans le sol de l’île d’Iwo Jima, au sommet du Mont Suribachi, en signe de victoire. Cette image diffusée dans le monde entier redonne espoir aux Américains et devient le symbole du courage des ces hommes. Leur patrie les consacre comme héros et à ce titre les autorités font regagner aux trois survivants le territoire américain. Mais ces jeunes qui ont vécu l’enfer ne sont pas prêts à retrouver une vie normale et vivent leur retour au pays comme une trahison, avec un sentiment d’impuissance et d’injustice envers ceux qui sont restés sur le champ de bataille. Etre un héros lorsqu’on est déchiré par la culpabilité et le sentiment d’imposture : chacun, avec ses faibles moyens, cherchera à supporter ce lourd et inextinguible fardeau.

Mémoires de nos pères est à la fois un témoignage et un hommage à ces rescapés incompris. Adapté du livre de James Bradley (et Ron Powers), fils de l’un des ‘héros’ d’Iwo Jima, le film de Clint Eastwood s’attache ici à représenter fidèlement, minutieusement, presque chirurgicalement la guerre telle que l’ont vécue ces hommes, tout juste sortis de l’adolescence.
Le souci du détail caractérise toutes les scènes de bataille mais l'on regrette que le réalisateur n'ait pas davantage insisté sur la psychologie des personnages une fois ceux-ci rentrés au pays.
La méticulosité des séquences de guerre ne se retrouve qu'à travers l'impassibilité quasi maladive de John 'Doc' Bradley et les dérives de l'amérindien Ira Haynes, exclu et inadapté à tous égards. On sent que les trois survivants sont dépassés par les événements, qu'ils sont en décalage avec le monde frivole dans lequel on les plonge de force lors de leur glorieuse et exténuante tournée. Mais la démonstration manque parfois de subtilité.
L'interprétation de Ryan Phillippe est des plus intéressantes, l'acteur réussissant à construire un personnage tout en retenue et en traumatismes refoulés derrière une douceur et un équilibre hiératiques ; ce n'est en revanche pas le cas des deux autres protagonistes. Adam Beach réussit à transmettre l'égarement du paria mais c'est au risque de frôler parfois la caricature tandis que Jesse Bradford, qui incarne le fringant René Gagnon, n'arrive jamais à transmettre le malaise de son personnage, ses scrupules ou sa culpabilité.
En revanche les seconds rôles sont exceptionnels et notamment la performance de Barry Pepper en sergent Strank, tant admiré par ses hommes.
Si le soin accordé à la photographie et à la musique ainsi que les scènes de guerre sont une grande réussite, de même que le classicisme revéndiqué de la mise en scène, le patriotisme larmoyant du film a du mal à convaincre.