Taï-chi master

Film hong-kongais de Yuen Woo Ping

Avec Jet Li, Michelle Yeoh, Chin Siu Hou

 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h35

 
 
   

Après avoir fait les quatre cents coups au monastère de Shaolin, d'où ils sont renvoyés, deux amis d'enfance se séparent : tandis que l'aîné (Chin Siu Hou), avide de gloire et de pouvoir, s'engage dans la milice de l'infâme eunuque qui tyrannise la région, le cadet (Jet Li), fidèle à ses principes, se range du côté des rebelles. L'affrontement entre les deux anciens amis s'avère rapidement inévitable.

Pour profiter pleinement de Tai Chi master, mieux vaut être fan du genre (comme pour Le seigneur des anneaux). Ou alors le devenir en appréciant le film. Apprécier un film de kung-fu, c'est accepter de se plonger dans un cinéma de genre dont la vraisemblance est le dernier des soucis, dont les scénarios, aussi légers que des brindilles, sont farcis de bons sentiments alimentant une morale simpliste, dont les dialogues sont ridicules et l'humour particulièrement régressif - bref, tout ce qu'on ne supporterait pas dans un film occidental, mais qui fait tout le charme du cinéma populaire hong-kongais, tellement il maîtrise ces ingrédients et parvient à atteindre l'équilibre parfait qui les rend digestes. Mais, à la limite, tout ça n'est pas très important, l'intérêt des films de kung-fu ne résidant dans aucun des éléments précédemment cités, mais bien évidemment dans les époustouflants combats où les acteurs (et les actrices, d'ailleurs, puisque les femmes ont la part belle dans ce type de divertissement), aidés par des câbles, font des sauts inhumains, rebondissent sur la tête et exécutent moult autres figures improbables. Or, il faut bien le dire, les combats de Tai Chi master sont absolument démentiels.

Ce film, réalisé en 1993 par le chorégraphe Yuen Woo Ping, connu en Occident pour avoir travaillé sur Matrix et Tigre et Dragon, sort aujourd'hui sur nos écrans grâce à la notoriété récemment acquise chez nous par Jet Li (L'Arme fatale 4, Roméo doit mourir, Le Baiser mortel du Dragon) et Michelle Yeoh (Demain ne meurt jamais, Tigre et Dragon). Il se situe totalement dans la lignée du chef-d'oeuvre du film de kung-fu moderne, la saga Il était une fois en Chine de Tsui Hark. Yuen Woo Ping en copie carrément le générique (allant jusqu'a reprendre quelques mesures de la chanson du film), décline quelques scènes de combats (il s'est lui-même occupé des chorégraphies du deuxième volet de la saga, La Secte du Lotus blanc), prend le même acteur (Jet Li), le même type de sujet d'époque, relecture d'un mythe de la culture chinoise (le docteur Wong Feihong, emblème de la lutte contre l'impérialisme occidental au XIXe siècle, chez Tsui Hark ; le bonze inventeur du Tai Chi chez Yuen Woo Ping) et utilise les mêmes ingrédients (scènes lyriques et scènes comiques ponctuées à intervalles réguliers de combats en apesanteur). A une différence près : Tai Chi master enchaîne les scènes de combats beaucoup plus rapidement que son modèle. Du coup, c'est l'overdose. Peut-être le néophyte émerveillé avalera-t-il jusqu'au bout ce gâteau trop consistant. Quant à moi, j'ai failli me lasser, au bout d'une heure et demie, de cette frénésie de bonds et de coups… N'empêche., il est impossible de nier la maestria du réalisateur, qui maîtrise les chorégraphies et la caméra avec une efficacité redoutable. S'il ne vaut pas son modèle, Tai Chi master est donc malgré tout un film de kung-fu de haute volée.