Twelve and Holding

Film américain de Michael Cuesta

Avec Conor Donovan, Zoë Weizenbaum, Jesse Camacho

Sortie le 20-09-2006
Compétition officielle Deauville 2006
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h34

 
 
   

Que les ennuis commencent

Après un premier long métrage remarqué (L.I.E., primé à Deauville en 2002), Michael Cuesta explore de nouveau l’entrée dans l’adolescence avec finesse et sans complaisance.

Le film pourrait se résumer à cette équation : trois amis de douze ans, trois façons de faire son deuil après la mort accidentelle du frère jumeau de l’un d’entre eux. Trois façons de quitter brutalement l’insouciance de l’enfance.
Trois façons d’apprendre à découvrir son corps, ses tares, sa sexualité. Trois façons de détrôner ses parents de leur piédestal, et de commencer à tester leurs limites. Trois façons de trouver en soi d’insoupçonnées ressources, mais aussi sa part d’ombre, que le tragique des événements vient révéler.

Le sujet n’était pas si évident : il aurait été facile de s’enliser dans de lourdes démonstrations sur les difficultés de la vie, les blessures de la société ou le fossé entre les générations. Il aurait été facile de sombrer dans le glauque ou le larmoyant complaisant. Il aurait été facile, surtout, de céder à la nécessité politiquement correcte de proposer une morale radicale qui dédouane ou condamne. 12 and Holding est autrement plus subtil : c’est
une grande pudeur qui se dégage de ce film (réalisé, pour la petite histoire, par l’auteur de 5 épisodes de la célèbre série Six feet under). Un film qui sait habilement exorciser le tragique par un humour pétillant ou caustique, mais jamais obscène.

Le personnage de Malee, grinçante de précocité dans son entreprise de séduction d’un ouvrier sexy qui lui sert de substitut paternel, ou encore celui du jeune Leonard, qui tente maladroitement de sauver sa mère de l’obésité, offrent des regards justes et attendrissants sur un monde adulte dont ils tentent d’apprivoiser les codes. Ces deux portraits sont finalement peut-être plus réussis que celui du personnage principal, Jacob, dont la timidité grisée par le désir de vengeance trace les traits d’un caractère un peu plus attendu.
Si le montage, très présent, exhibe parfois un peu trop les ficelles d’une narration qui fonctionne en destins croisés, on s’attache réellement à l’ambivalente vérité de ces préadolescents en crise. Un film touchant, sans compromis, qui ne cède ni à l’angélisme ni au glauque à outrance.