Storytelling

Film américain de Todd Solondz

 
   

Par Henri Lanoë

 
 
   

Poursuivant le portrait cruel des mœurs américaines, le jeune Todd Solondz creuse le sillon entamé par le corrosif Happiness qui avait obtenu le Prix de la Critique à Cannes, il y a trois ans : en partant d’une série de situations scabreuses, il organisait une comédie grinçante et cruelle, baignant dans un humour noir qui a ravi le Festival mais n’a certainement pas obtenu l’approbation d’un large public, choqué par les thèmes abordés et le désir de l’auteur d’y trouver matière à rire.

Il récidive avec Storytelling ; mais si la cruauté est toujours une composante majeure de son récit, le rire n’est plus vraiment au rendez-vous et nous sommes terrifiés par les portraits qu’il dessine dans la mesure où, malheureusement, ils sonnent juste. Le film se compose de deux histoires indépendantes, d’inégale durée, dont les facteurs communs sont la manipulation et la naïveté des victimes.

Le pouvoir d’un professeur sur une élève allant jusqu’à l’abus sexuel dans un cas,

le pouvoir des médias sur un étudiant faible et velléitaire dans l’autre.

Comme dans Happiness, le malaise naît de l’extraordinaire galerie de monstres qui entoure les héros malheureux de ces histoires. Les thésards pédants commentant le travail de leur condisciple, le professeur abusif distribuant ses jugements méprisants ou le crétin qui voudrait être documentariste et qui choisit comme sujet l’étudiant faiblard et sa famille (composée de redoutables imbéciles) nous offrent un tableau peu réjouissant de la société contemporaine. Il y a du Daumier chez ce jeune cinéaste qui, lui au moins, innove dans une entreprise difficile.