Selon Charlie

Film français de Nicole Garcia

Avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Lindon, Benoît Poelvorde, Patrick Pineau

Sortie le 16-08-2006
Selection officielle Festival de Cannes
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

Plus mortelle que la mort, la vie de province

C’est un film, nous dit-on, sur le destin. Ou plus exactement sur la rencontre de deux destins : Mathieu (Patrick Pineau) est un chercheur réputé venu présenter ses travaux lors d’un colloque dans une obscure petite ville de province. Il y retrouve Pierre, (Benoît Magimel), une sorte d’ alter ego dont on apprendra qu’il fut son assistant, ou son amant, ou son fils... Le premier est brillant, adulé, fier de sa réussite. Le second, professeur de SVT dans le collège local, est donc en échec (!?), mais il semble résigné.
 
Là dessus viennent se greffer les aventures trépidantes (gestion du barbecue, liaisons fatales...) des cinq autres protagonistes de cette fiction cafardeuse. Inutile de détailler les tenants et les aboutissants de cet embrouillamini, mais une chose est sûre : il ressort de tout ceci que les « people » (le maire, le champion de tennis, le chercheur arrogant) sont plus ou moins à la masse, tandis que le tout-venant, les gens sans prétention ni surface médiatique (le kinesi (Vincent Lindon), le débile mental (Benoît Poelvoorde), l’enseignant (Benoît Magimel)) connaissent des joies simples qui finissent par donner un sens à leur vie. Et d’ailleurs le prof, un instant tenté par une destinée plus exaltante, renonce à quitter son collège ("sa cantine, sa salle des profs, ses cahiers de textes...") afin de se consacrer à ses élèves et à son épouse qui pourtant couche avec un autre... Quant à Vincent Lindon, il se réconcilie avec son barbecue. Nicole Garcia et ses scénaristes ont du talent, et certains moments de réalité brute l’attestent. Vision sévère, mais réaliste, comme l'épisode de la farandole dans la maison de retraite, par exemple. Parfois, au détour d’une séquence, on pense à Claude Sautet, ou bien à Chabrol. Mais où sont passés les séducteurs du cinéma de papa ? Côté glamour, Jean-Pierre Bacri - bougon - et Vincent Lindon - bedonnant - on peut difficilement imaginer pire ! ... Reste le charmant prof, gracieusement interprété par Benoît Magimel. Le comédien n’a rien perdu de sa fraîcheur, mais il est un peu éclipsé par ses aînés dans ce qui tourne parfois à un championnat de cabotinage.