Miami vice - Deux flics à Miami

Film américain de Michael Mann
Inspiré par la série TV Miami Vice

Avec Colin Farrell, Jamie Foxx, Gong Li, Naomie Harris

Sortie le 04-08-2006
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

Néoclassicisme en haute définition

Michael Mann fut, dans les années 80, l’heureux producteur de diverses séries TV, parmi lesquels Miami vice, puis, entre autres, L.A. Takedown, dont Heat fut déjà le brillant remake. On sait moins que le premier court-métrage du réalisateur portait sur mai 68 ; son prochain film sera probablement une adaptation de Pour qui sonne le glas. Seul le thriller contemplatif et engagé Révélations (1999) permet peut-être de nouer tous les fils d’une ½uvre que l’on pourrait croire inconséquente.

Le nouveau  cadre de cette geste aérodynamique est un univers abstrait dont le sol est constitué des « zones grises » d’Amérique latine. Echoués dans cette aire de non-droit où prospèrent cartels de la drogue, marchands d’armes, terroristes islamiques et autres sectes criminelles délocalisées, nos deux justiciers tentent d’infiltrer un groupe de trafiquants soupçonnés de téléguider une « taupe » au sein du F.B.I. Coupés de leurs arrières, les deux électrons libres sont totalement à découvert. On est donc loin de la routine du vice de Miami-plage ; les enjeux sont devenus planétaires, les risques impondérables... Mais cette nouvelle géométrie du crime, qui donne à l’épopée une nouvelle dimension romanesque, offre également au cinéaste l’occasion de donner la mesure de son talent. Orchestration admirable des scènes d’action, retenue des moments intimes, fébrilité des scènes festives, rien n’arrête Mann dont la virtuosité est admirablement servie par l’utilisation de la caméra HD, désormais aussi performante de jour que de nuit. L’esthétique stylisée du cinéaste sert une logique de l’affrontement qui reste toutefois de facture romantique. Nulle exhibition gratuite de violence, nul fatalisme, aucune complaisance dans le spectacle des crimes de sang. Dans ce cinéma chevaleresque, les adversaires s’opposent et s’entretuent dans des combats loyaux, face à face, les yeux dans les yeux. Traditionnelle dans sa thématique, singulière par son style, l’½uvre de Mann séduit parce que le réalisateur ne cède à aucune des sirènes du cinéma dominant, souvent désabusé, abscons, voire terrorisant. Manifestement, Michaël Mann continue de croire à un monde structuré et codifié, métaphore des combats (cf. Ali) et des conflits du temps passé. On ne peut que regretter le statut un peu décalé des personnages féminins. Le couple est impossible chez Mann. Les héros y ont en principe intériorisé la mise en garde de Niel à Cris dans Heat : « Si tu fais des coups, n’aie pas d’attaches. Rien que tu ne puisses quitter en trente secondes si tu vois les flics au bout de la rue ». Exposer sa copine comme le fait Ricardo dans ce film-ci n’est donc pas très « pro » et la faiblesse scénaristique est en l’occurrence surprenante. Quant à Sonny, fallait-il vraiment qu’il s’entiche de la reine des garces ? Soyons magnanime, fermons les yeux.