Les Berkman se séparent
The squid and the whale

Film américain de Noah Baumbach
Production Wes Anderson

Avec Jeff Daniels, Laura Finney

Sortie le 12-07-2006
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

Triste chronique du démariage

Non, il ne s’agit pas d’une comédie déjantée sur le thème : « chouette-les-parents-divorcent-où-est-passé-le-chat ». Même si l’animal en question est bien le noeud transitionnel de l’histoire, le réalisateur n’exploite pas du tout ce filon ni ne joue sur les ficelles attendues dans ce type de fantaisies.

Et d’ailleurs, est-ce vraiment amusant ? Le divorce de Bernard et de Joan, éprouvé douloureusement par leurs deux fils, Noah (6 ans) et Frank (12 ans) renvoie sans doute à l’histoire personnelle du réalisateur dont les parents furent des intellectuels new-yorkais qu’on imagine arrogants et égocentriques. Mais ce n’est pas la séparation en tant que telle qui constitue le vrai drame pour les enfants – après tout la garde partagée est une solution de compromis censée arranger tout le monde. Le chagrin se concentre dans le regard décillé des adolescents qui découvrent que leur mère a des amants - passe encore - mais surtout que leur père n’est qu’une vaniteuse outre vide. « Kafka fut l’un de mes précurseurs » assène-t-il sans rire tandis que Frank, intégrant la fatuité ambiante, s’attribue une chanson des Pink Floyd (« j’aurais pu l’écrire » ...). Le film parcourt avec une cruauté placide les étapes d’une désillusion sans rémission. Et si, pour finir, le chat fugueur est rattrapé, il n’en va pas de même de l’honneur de la famille Berkman. L’image du père, avare, hâbleur, pathétique de fatuité, est définitivement dégradée.
Scénariste de Wes Anderson, Noah Baumbach signe une victoire désenchantée écrite avec les mots et la sensibilité de l’enfance. Cette revanche contre le prestige usurpé du père n’est pas sans rappeler le règlement de compte de Mathieu Amalric avec sa mère dans Mange ta soupe. Difficile donc d’être progéniture d’intello, ici comme ailleurs. Pourtant la réussite de ces fils talentueux montre que rien ne se perd. Le « calamar » et la « baleine » (titre original) ont enfanté un gracieux cétacé.