Tournage dans un jardin anglais
A Cock and Bull Story

Film anglais de Michael Winterbottom

Avec Steve Coogan, Bob Brydon, Ian Hart, Stephen Fry, Gillian Anderson

Sortie le 05-07-2006
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h30

 
 
   

Making of XVIIIe

Michael Winterbottom est un cinéaste imprévisible qui a réalisé une quinzaine de films en quinze ans dont aucun ne s’apparente au précédent, le tout entrelardé de multiples séries pour la télé. Tout y est passé : road movie, thriller, mélo sportif, lutte des classes, film de guerre, drame sentimental, conflit politique, comédie musicale, odyssée des immigrés, science-fiction, porno soft… Cette boulimie dans la recherche de la variété ne constitue évidemment pas un défaut mais, sans doute, la preuve d’une vraie curiosité (ou la crainte de la répétition ?)

Le titre original A Cock and Bull Story (équivalent de notre Sans queue ni tête) aurait bien mieux convenu que ce lourd Tournage dans un jardin anglais qui ne signifie rien, sinon l’espoir d’invoquer le succès, en France, du Meurtre dans un jardin anglais , de Peter Greenaway. Le scénario est l’adaptation d’un très célèbre et inadaptable roman anglais du XVIIIe siècle, La vie et les opinions de Tristram Shandy, sorte de mélange picaresque de Rabelais, Cervantès et Voltaire, écrit par le révérend père Laurence Sterne. Ce récit triompha dans les milieux cultivés européens de l’époque. Les images du film s’inspirent ouvertement de Greenaway et du Kubrick de Barry Lindon, dont le réalisateur emprunte aussi les thèmes musicaux (ainsi que, démarche plus étrange, ceux de Nino Rota pour Fellini !). Mais le vrai parrainage de l’entreprise semble surtout revenir à l'esprit des Monty Pythons et à leur délire parodique. Car, comme l’oeuvre du vénérable écrivain est réellement inadaptable, Winterbottom a préféré tourner une sorte de making of de la réalisation du film et décrire les diverses difficultés qui surgissent : problèmes sentimentaux dans l’équipe, mesquine rivalité entre les comédiens, médiocrité des rushes qui sème la panique chez les producteurs… Le spectateur navigue alternativement entre La nuit américaine et Lost in la Mancha, l’humour en plus.

Ce sont des stars comiques de la télévision britannique (que nous connaissons peu), équivalents des Boujenah, Gad Elmaleh ou Franck Dubosc locaux, qui interprètent ce célèbre classique d’Outre Manche (que nous ne connaissons pas du tout).

Mais - miracle de l’exotisme ? - admirons l’efficacité de leur talent pour animer cette ambitieuse bouffonnerie. On imagine mal, dans un pays où Camping triomphe, un spectacle d’une qualité équivalente initié par nos chaînes de télé.