Secrets de famille
Keeping Mum

Film anglais de Niall Johnson

Avec Kristin Scott-Thomas, Rowan Atkinson, Patrick Swayze, Maggie Smith, Emilia Fox, Liz Smith, Tamsin Egerton

Sortie le 10-05-2006
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

British Kitsch

Il y a cent ans, un jeune musicien autrichien composait ses premières pièces atonales, soutenu par une critique militante et fidèle.

Il y a cinquante ans, un jeune théoricien helvète tentait de révolutionner les règles du récit cinématographique, soutenu par une critique militante et fidèle.

Dans les deux cas, le « grand » public, trop décontenancé, s’est détourné et a continué de préférer Mozart à Schönberg et Spielberg à Godard. C’est vrai qu’il est extrêmement rare d’entendre un maçon fredonner du Boulez sur son échafaudage (et même un mélomane averti.) 

Pourtant, il me semble que, parmi les cinéastes qui ont fait évoluer efficacement le récit par l’image sans indisposer le public, on devrait surtout citer les hardiesses de René Clément ou d’Alain Resnais qui ont osé alléger le découpage du cinéma classique en supprimant les transitions qui semblaient jusqu’alors nécessaires pour exprimer la durée (fondus au noir, enchaînés, volets divers, etc.) et en introduisant le jump-cut - ellipse durant l’action - dans le montage : le héros ouvre la portière du taxi et referme la porte de son appartement, (sans payer la course, grimper quatre étages, chercher sa clé, etc.), bref, le temps s’écoule désormais à la collure et les spectateurs l’intègrent sans difficulté. La route du clip était ouverte.

Bien que l’Angleterre soit une île, la pernicieuse influence des cinéastes continentaux a réussi à s’infiltrer plus facilement que l’euro, comme l’ont prouvé Ken Loach, Greenaway ou Mike Leigh, entre autres. Mais de jeunes dinosaures résistent à cette (r)évolution : Secrets de famille, par exemple, semble avoir été tourné dans les années cinquante, période où une série de comédies d’humour macabre – dont la plus fameuse reste Noblesse oblige de Robert Hammer - rencontra un succès universel, révélant un débutant nommé Alec Guiness. De nos jours, Niall Johnson nous entraîne dans un village qui évoque un décor pour trains miniatures, dont le pasteur est plus préoccupé par la rédaction de ses sermons que par le flirt qu’entretient sa femme avec un professeur de golf, les liaisons multiples de sa fille adolescente ou les brimades que subit son jeune fils au collège. Une vieille gouvernante fraîchement engagée va tenter de rétablir l’ordre. Je vous laisse l’éventuelle surprise de découvrir comment et, surtout, pourquoi.

Ce divertissement repose évidemment sur ses interprètes, principalement Kristin Scott-Thomas et Patrick Swayse qui dévoilent des possibilités comiques que leurs précédentes apparitions ne laissaient guère supposer. Par contre, Rowan Atkinson et Maggy Smith restent douillettement installés dans leur emploi habituel, évoquant ces vieux vêtements usés mais confortables qu’affectionnent les Britanniques. Car ce qui fascine dans ces Secrets de famille c’est surtout l’académisme d’une mise en scène tellement désuète qu’elle finirait par en acquérir du charme, comme les tables en formica qui commencent à passer pour des objets d’art chez les antiquaires.