Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures

Film français de Claude Lanzmann

 
   

Par Christophe Chauvin

 
 
   

Sobibor, c’est le récit d’une révolte de juifs dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec ce nouveau film-documentaire, Lanzmann nous prouve encore une fois qu’on ne sait pas tout sur la Shoah, malgré les nombreux films et témoignages qui ont pu être faits sur le sujet. Toujours aussi inspiré par cette période sombre de l’histoire, le réalisateur revient sur le génocide en décidant cette fois d’axer son film sur un sujet très peu connu de la génération d’après-guerre : en effet, ici, il n’a pas choisi de parler des nazis ou encore des juifs dans les camps d’extermination mais du courage dont ont fait preuve certaines victimes des bourreaux allemands.

On a trop tendance à penser que les juifs sont restés passifs et se sont laissés faire. Ce film est donc d’autant plus important et intéressant car non seulement, il nous prouve le contraire, mais également, il coupe définitivement court à tout propos révisionniste ou négationniste. Déjà évoqué dans Shoah, la révolte de Sobibor est une des seules révoltes couronnées de succès qui aient eu lieu dans les camps. Lanzmann a décidé d’y consacrer un film entier et plonge au coeur du sujet en donnant la parole à Yehuda Lerner, un juif ayant participé à l’insurrection. Le film est basé sur deux matériaux différents : d’une part, l’interview de l’homme par Lanzmann, réalisée en 1976, et d’autre part, des images tournées en 2001, images qui viennent accompagner le récit. Et c’est précisément dans ces images qu’on (re)découvre le génie de Lanzmann dans sa capacité à suggérer le récit de Lerner (alors en voix-off), plutôt qu’à l’illustrer, à en donner une vision personnelle.

Fort d’un travail minutieux et documenté, le cinéaste est retourné en Pologne et nous plonge dans l’atmosphère de 1943 en filmant, par exemple, le trajet du train jusqu’au camp (sorte de caméra subjective qui en dit long sur l’angoisse qu’ont pu ressentir les prisonniers face à ce territoire inconnu) ou encore la gare de Sobibor : ce plan, où l’on voit en transparence tout ce qui est raconté, restera longtemps gravé dans nos mémoires. En cela, le film est absolument angoissant et en dit plus que toute reconstitution historique. Mais le film de Lanzmann est surtout un hymne au courage, à la vie. Agé de 16 ans à l’époque, Lerner y raconte avec gravité sa volonté de vivre à tout prix et sa ferme intention de ne pas mourir dans les camps, ce qui aurait représenté une victoire allemande de plus. Poussés par le désespoir et le désir de rester en vie, les prisonniers juifs se sont opposés à l’ordre établi et ont ainsi conquis leur liberté. "La réappropriation de la violence par les juifs", comme le dit Lanzmann dans le film, n’est alors que la revendication de leur droit à la liberté et l’opposition radicale aux persécutions. Sobibor est donc bien un film magnifique en ce sens que, outre le côté documentaire et informatif, il parle de courage, de vie, de liberté, et surtout d’espoir.