Les enfants du pays

Film français de Pierre Javaux

Avec Michel Serrault, William Nadylam, Emma Javaux, Pascal Nzonzi

Sortie le 19-04-2006
 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 1h27

 
 
   

Drôle de guerre.

Mai 1940. Alors que les habitants de son village à la lisière des Ardennes ont tous fui, Gustave (M. Serrault) a décidé de rester sur place avec ses deux petits enfants, orphelins. L’offensive allemande commence. Un matin, apparaît, égarée, une patrouille de « tirailleurs sénégalais ». Gustave enfile un costume de caporal, et tente de se débarrasser de ces visiteurs qui troublent la tranquillité de ses habitudes. Pendant ce temps, son petit-fils Etienne se lie d’amitié avec Baye Dame, sorcier africain et ancien combattant de la Grande Guerre, et Camille, sa petite fille, tombe gentiment amoureuse de Bha, le plus jeune de ces soldats. La percée des chars allemands, imprévue commence à se faire entendre…

Il faut reconnaître au film une certaine justesse de ton : les dialogues sont assez bien affûtés, et Pierre Javaux sait faire alterner avec habileté scènes drolatiques et moments de tension ; il sait aussi suggérer en fond la complexité qui se cache derrière l’appellation vague de « tirailleur sénégalais » (notamment le problème d’une langue commune pour ces soldats). Enfin, les personnages de la patrouille ne se réduisent pas à graviter tels de purs satellites autour de Michel Serrault : le film, heureusement, ne repose pas entièrement sur la conversion de l’homme blanc à l’humanité (pensez à Tom Cruise dans Le Dernier Samouraï !).

Mais P. Javaux dans ce premier long métrage ne se désenglue pas des travers les plus saillants de ce genre de comédie, où abondent les bons sentiments. Outre le caractère assez stéréotypé de l’intrigue et de la psychologie, le film ne peut s’empêcher de produire une présentation folklorique et sans danger de l’autre, de sorte qu’on ne comprend plus vraiment comment il était possible d’être raciste à l’époque, sinon par l’existence de préjugés absurdes, se dissolvant dans ces circonstances exceptionnelles où enfin l’humanité se voit réunie au-delà de ses différences, à la manière d’une vraie communauté (le dénouement, dramatique, atténue un peu cette niaiserie, mais n’exempte pas le film de cette philosophie au rabais)... On devait donc être bien bête à l’époque… heureusement ce n’est plus le cas. L’autre est gentil et bon ; il a tout de suite compris ce que c’était que l’humanité sans s’enfermer dans les préjugés… les petits enfants de Michel Serrault eux aussi d’ailleurs… comme nous, qui partageons tous cette humanité !