Something like Happiness
Stetsi

Film tchèque de Bohdan Slama

Avec Pavel Liska, Tatiana Vilhelmovà, Ana Geislerovà, Zuzana Kronerova, Marek Daniel

Sortie le 12-04-2006
Primé aux Festivals de Montreal, San Sebastien et Angers
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

Retour des Tchèques ?

Dans les années soixante, la découverte du cinéma tchèque a été aussi importante que celle du néo réalisme italien à la fin de la guerre. Milos Forman, Ivan Passer, Jirí Menzel nous faisaient découvrir les aspirations d’une jeunesse cherchant ses repères dans une société étouffante, avec cet humour triste propre à l’Europe centrale.
On ne pouvait parler de Nouvelle Vague, comme en France, puisque ces cinéastes ne cherchaient pas à prendre la place des anciens, le cinéma tchèque étant jusqu’alors surtout représenté par de talentueux spécialistes de l’animation, domaine à part, comme Jirí Trnka ou Karel Zeman. Apparemment, il s’agissait d’une émergence ex nihilo. Malheureusement séduits par la tentation hollywoodienne, ces jeunes cinéastes prometteurs quittèrent l’Europe et, à l’exception de Milos Forman, connurent des destins hasardeux.

Décapité par ces départs, le cinéma tchèque - dont la langue n’est pas universelle et qui est doté d’un public potentiel restreint (300.000 entrées constituant un succès) - avait disparu de nos écrans. L’apparition de ¦te¨ti, couronné dans de nombreux festivals, est donc une bonne nouvelle. On y retrouve cette tendresse vers les personnages qui caractérisait déjà ce cinéma à son apogée et cette sorte d’humour local dans le désespoir (Kafka était Praguois), désespoir que le passage à la démocratie ne paraît guère avoir fait disparaître : si la vie n’était pas gaie durant les années soviétiques, on ne peut pas dire qu’elle le soit davantage, de nos jours, dans la sinistre banlieue industrielle peuplée de ratés, de couples désunis, d’alcooliques divers, de sans-emploi et d’enfants abandonnés que nous décrit Bohdan Slama. Qu’il parvienne à faire naître des moments de comédie dans un pareil univers relève de l’exploit. Sur ces malheureux plane le rêve américain comme solution dérisoire à leur détresse, mais là aussi l’échec risque d’être au bout de l’espoir. Heureusement, il reste l’amour.

Une remarquable troupe de comédiens anime cette farce glauque, la palme revenant aux deux stupéfiants petits enfants qui participent à de longs plans séquences, filmés à bout portant par une caméra dont ils ne semblent jamais avoir conscience : Bohdan Slama les a adoptés à la fin du film car ils étaient réellement abandonnés : something like happiness…