Truman Capote
Capote

Film américain de Bennett Miller

Avec Philip Seymour Hoffmann, Catherine Keener, Clifton Collins Jr, Mark Pellegrino, Chris Cooper

Sortie le 08-03-2006
Oscar 2006 : Interprétation Masculine
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h50

 
 
   

La page blanche

Truman Capote est un écrivain qui a été révélé en 1958 par l’acide Breakfast at Tiffany’s dont Blake Edwards tira une comédie glamour. Dandy homosexuel et alcoolique (il en mourra), il était la coqueluche des milieux intellectuels new-yorkais, une sorte de Jean Cocteau américain dont les tenues excentriques et les provocations enchantaient la société huppée qu’il fréquentait. Touche à tout talentueux, il collabora à des scénarios de Vittorio de Sica ou John Huston puis devint chroniqueur au New Yorker . En novembre 1959, âgé de 35 ans, il s’intéresse à un meurtre collectif commis dans une ferme isolée du Kansas et demande au magazine de l’envoyer enquêter sur cette affaire si loin de son univers habituel.

Il s’infiltre dans la petite communauté locale et suit les progrès de l’enquête policière jusqu’à l’arrestation des deux minables assassins qui ont massacré une famille pour 50 dollars. Il capte progressivement la confiance de l’un d’eux, Perry Smith, ne lui cachant pas qu’il désire écrire un livre sur ce crime pour en comprendre les raisons. Il n’obtient guère de confidences. Fasciné par ces meurtriers frustes, mal défendus et abandonnés de tous, il va jouer de ses relations pour leur apporter un soutien juridique qui durera, d’appels en appels, jusqu’en 1965, date de leur pendaison. Est-ce vicieusement pour gagner du temps et obtenir la confession espérée, nécessaire conclusion du livre, ou bien parce qu’un fort lien affectif avait fini par s’établir entre les criminels et l’écrivain ? Le doute demeure. Capote ne put rédiger une ligne durant ces longues années d’attente. Il ne se mit au travail qu’après l’exécution et, en 1966, paraissait In Cold Blood , première tentative de « roman sans fiction » qui eut un immense succès, fit la fortune de l’auteur mais, simultanément, tarit définitivement son inspiration jusqu’à sa mort. Richard Brooks l’adapta pour l’écran dès 1967.


Le film de Brooks décrit le parcours des deux assassins jusqu’à la pendaison ; celui de Bennett Miller, le parcours de Capote jusqu’à la parution. Ce jeune cinéaste fait preuve d’une maîtrise étonnante pour un premier film. Sa réalisation feutrée, intime, refusant les effets dramatiques (sauf dans la brève et violente évocation du massacre), soutenue par une musique imperceptible mais intelligente, nous entraîne dans la spirale de la démarche de l’écrivain : comprendre l’incompréhensible. Le plus étrange c’est que nous sommes progressivement touchés par le sort de ces deux brutes qui finissent par sembler victimes d’un sort injuste tant l’univers carcéral, l’interminable attente et la marche vers l’exécution sont cruels. L’évolution du personnage de Capote, basculant du dandysme mondain à un engagement ambigu qui a beaucoup choqué, permet au film d’échapper aux conventions des autres productions consacrées au « couloir de la mort ». Philip Seymour Hoffmann, catalogué depuis le début de sa carrière comme le jeune homme à problèmes, tendance puceau onaniste, réincarne avec talent le sulfureux Truman Capote comme on imagine qu’il devait être : insupportable mais, peut-être, sincère. Il n’a pas volé son Oscar.