Sex is comedy

Film français de Catherine Breillat

Avec Anne Parillaud, Grégoire Colin, Roxane Mesquida, Ashley Wanninger

Sortie le 05-06-2002
Présenté au Festival de Cannes 2002
Quinzaine des réalisateurs
 
   

Par Laurence Bonnecarrère


Durée: 1h32

 
 
   

Sex, narcissisme et prise de chou

On n’a rien contre Catherine Breillat, au contraire, on aime bien l’entendre disserter inlassablement sur le sexe créatif, la création sexuée, la pornocratie, la pornographie et tutti quanti, sur l’utilisation de son écriture et de ses films pour " sodomiser " le lecteur et le spectateur, etc.

Elle est drôle quand elle ratiocine sur la longueur comparative des " queues " de hardeurs, sur l’assise (excellente !) du sexe de Rocco Siffredi (qu’importe la longueur !) au repos, au travail, en stand-by. Tout ça avec sa belle voix rauque et son regard fiévreux. On avait bien aimé À ma sœur, moins Romance, davantage Brève traversée (un téléfilm sans prétention qui va sortir un jour ou l’autre).

Mais ce film-là est complètement raté. Pour une raison très simple : Anne Parillaud, qui interprète la réalisatrice est catastrophique ! Elle n’est tout simplement pas là. Quand elle fait semblant d’être en colère, elle est ridicule. Lorsqu’elle veut exprimer le désir, elle écarquille de gros yeux ronds, complètement vides. C’est d’autant plus dérisoire qu’elle passe sont temps à se plaindre du jeu de ses acteurs, alors qu’ils sont bien meilleurs qu’elle ! Le pire, en plus, c’est qu’elle nous assène une interminable litanie de formules pontifiantes censées exprimer la vision du monde de la réalisatrice : " L’antagonisme est la forme la plus vivifiante du désir " ; " Le sexe tout le monde le fait ; personne ne le reconnaît " ; " Les mots, c’est le mensonge, les corps c’est la vérité. Il faut que j’invente la vérité " ; " Le cinéma c’est l’incarnation. Ce sont les acteurs qui sont le film " ; " C’est quand on ne veut pas être obscène qu’on le devient " ; " La vraie pureté ; c’est la pureté des corps. Le reste n’est que niaiserie " et ainsi de suite.

La niaiserie, en l’occurrence, c’est de nous rebattre les oreilles avec un " message " dont on commence à se lasser, depuis le temps ! Dommage. La fameuse scène, tant attendue, est assez belle. Les deux comédiens, par ailleurs, sont très justes. Et il y a des moments drôles, en particulier celui où Grégoire Colin refuse d’ôter ses chaussettes.

Bref, sur le projet de Catherine Breillat, rien à redire : un film sur un film, cela aurait pu être passionnant. Mais ce n’est pas le cas : on " reste sur sa faim ", selon l’expression consacrée. C’est un peu comme si un pâtissier, après vous avoir fait déguster un gâteau très honorable, vous servait par la suite la recette du dit gâteau à titre de pousse-café.