Rembrandt Fecit 1669

Film hollandais de Jos Stelling

Avec Frans Stelling, Ton de Koff, Haneke Van de Veld, Lucie Singeling, Hendriekje Stoffels

Sortie le 29-03-2006
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h47

 
 
   

Autoportrait

Jos Stelling est un cinéaste hollandais indépendant qui se produit lui-même et possède même des salles de cinéma, ce qui est plutôt rare. En 1986, il nous avait présenté un film insolite, L’aiguilleur , rencontre imprévue d’une voyageuse descendue du train par mégarde et d’un employé ferroviaire isolé dans un poste d’aiguillage perdu en rase campagne et en plein hiver. Cerise sur le gâteau : ils ne parlaient pas la même langue et le film était donc pratiquement muet. Comme on voit, le cahier des charges était plutôt rempli mais le résultat à la hauteur des ambitions.


Cette vie de Rembrandt, qui est rééditée aujourd’hui pour le quatre centième anniversaire de sa naissance, date de 1977. Le film est intéressant à plus d'un titre car il ne s’agit pas d’une biographie strictement chronologique et scolaire, mais d’une série de moments fixés par la caméra sur les étapes de la vie du peintre. On y voit, finalement, peu de tableaux achevés mais tout ce qui tourne autour de la création dans la vie quotidienne et surtout la passion permanente de l’artiste pour les auto-portraits qui jalonneront sa vie jusqu’à l’ultime Fecit 1669 . Une des idées originales de Jos Stelling est de filmer Rembrandt prenant la pose devant le miroir, ce qui nous permet d’identifier les portraits que nous connaissons de mémoire, sans même nous les montrer terminés. Il est servi dans ce projet par la grande ressemblance de ses deux acteurs (le peintre jeune, puis vieux) avec l’artiste. Bien entendu, l’image est belle et très recherchée, puisant dans la tradition picturale flamande, traitant les matières (tissus, bois, chairs) et les lumières (pénombre, contre-jour, fenêtres) avec délicatesse, quoique l’usage immodéré du zoom ternisse parfois le plaisir de l’½il. La bande sonore est plus personnelle encore, alternant de longues plages de silence total (Rembrandt parle très peu), avec des fortissimi qui font éclater les haut-parleurs ou des dialogues traités à la limite du subliminal. Jos Stelling est donc un réalisateur intéressant car sa démarche artisanale, loin des contraintes commerciales ou des modes, démontre une vraie originalité.