Syriana

Film américain de Stephen Gaghan

Avec George Clooney, Matt Damon, Jeffrey Wright, Chris Cooper

Sortie le 22-02-2006
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 2h08

 
 
   

Au pays de l'or noir

L’enjeu est un puits de forage de gaz naturel. Le Prince Nasir, réformiste éclairé d’un émirat arabe rompt la coopération tacite avec l’industrie américaine en acceptant l’offre plus avantageuse des chinois. Cette dérobade sème la panique parmi les grandes compagnies pétrolières soucieuses de conserver le contrôle de la région. Par cette incartade, le prince se met à dos le géant du pétrole Connex et la CIA, qui envoie l’un de ses agents, Bob Barnes (George Clooney) lui faire payer sa trahison.

 Syriana est  effectivement le terme utilisé par les think tanks de Washington pour décrire le territoire imaginaire qu’ils souhaitent établir au Moyen-Orient. Un domaine pacifié, acquis à la cause et aux intérêts économiques américains. Syriana tombe à pic, Bush ayant déclaré lors de son discours de Janvier que l’Amérique était « accro » au pétrole. Il ne croit pas si bien dire.

Ce faux docu à thèse dans la veine du cinéma de dénonciation des années 60/70 s’appuie sur les mémoires d’un ancien agent de la CIA au Moyen Orient. Le cinéaste, Stephen Gaghan, scénariste de Traffic et de plusieurs séries TV s’est intéressé à la nébuleuse des grands groupes pétroliers, autour desquels s’entortille la trajectoire de milliers d’individus. Ce reportage sur l’industrie veut examiner « la complexité des connexions » et donner une vision dans laquelle « il n’y a pas d’un côté les méchants et de l’autre les gentils », selon les dires de Gaghan. Louable précaution ou anomalie d’Hollywood, le scénario n’en reste pas moins moral, dénonçant la course à la richesse et au pouvoir. Il n’échappe pas – mais est-ce si grave ?- à un manichéisme indécis : pour savoir qui gagne, suivez le pipe-line. Le film procède ainsi à coups de darwinisme pédagogique, sur le thème « tout est lié »,  dépliant d’un bout à l’autre la grande chaîne des hydrocarbures qui relie entre eux un avocat de Washington, un financier texan, un analyste en énergie à Genève, des travailleurs dés½uvrés dans le Golfe Persique et un mystérieux égyptien aux yeux bleu qui recrute pour des attentats suicides. Le cinéaste nous assène ses quatre vérités sur ce business corrompu: côté Ouest, les compagnies ne s’en sortent que par contrats véreux et entorses à la loi, à l’Est,  ce n’est guère plus reluisant, les princes du Moyen Orient sont backshishés jusqu’à l’os, leurs dirigeants sous-développés, et ils ont beau détenir la manne pétrolière, dans cent ans ils traîneront toujours en babouche. 

L’efficace duo Clooney/Soderbergh à la production, avec ses films à charge, incarne désormais la nouvelle garde démocrate de Hollywood. La patte de Soderbergh dans ce polar critique et engagé, est encore fraîche : Syriana troque les couleurs versatiles de Traffic conte une image burinée (effets grains de sable). Quant à Clooney, comme dans Goodnight and Goodluck, il semble rechigner à se donner le beau rôle, et poursuit donc ses apparitions de type modeste, humble et barbu (voire défiguré).

La recette des histoires entremêlées, en montage alterné produit des effets contradictoires. Pas de doute, ce qui émerge de ces interconnexions est éclairant (en cela bien supérieur à la pesante démonstration de Lord of War) et ne manque pas d’exercer une certaine fascination. Mais la formule, par manque de nerfs finit par s’épuiser.