Un couple parfait

Film français de Nobuhiro Suwa

Sortie le 08-02-2006
Image et direction artistique: Caroline Champetier
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

Le désamour à contre-jour

On ne saura jamais pourquoi Marie (Valeria Bruni-Tedeschi) et Nicolas (Bruno Todeschini) se séparent. Car le cinéma épuré de Nobuhiro Suwa est peu loquace.  Plans fixes ténébreux, vibrations imperceptibles, émotions exténuées, propos à peine audibles : tel est  le seul vocabulaire de ce beau film dépressif, intense et miraculeusement lumineux.

Mariés depuis 15 ans, Marie et Nicolas se sont exilés  à Lisbonne.  Ils viennent à Paris assister au mariage d'un couple d'amis, anciens élèves, comme eux, des Beaux-arts. A cette occasion, ils annoncent à leurs proches  leur imminente séparation. Le récit de ces 48 heures catastrophiques  suffit au réalisateur pour nous donner une idée du désastre. La pénombre d'une chambre d'hôtel fragmentée par les compositions subtiles du cinéaste – Ozu n'est pas  loin - enveloppe les amants épuisés par quinze années de déceptions, de non-dits et d'hypocrisies (« de notre mariage, il ne reste que les regrets »). En contre point, les échappées solitaires de Marie et de Nicolas alimentent doutes et ressentiments. Nicolas tente de séduire une autre jeune femme (Nathalie Boutefeu, étonnante) tandis que Marie est aimantée par les allées du Musée Rodin, captivée par la puissance sereine  des «  Mains jointes »,  troublée   par  l'ambiguïté  de l' « Eternelle Idole » : « Quelque chose de l'atmosphère du purgatoire vit dans cette oeuvre. Un ciel est proche, mais il n'est pas encore atteint : un enfer est proche, mais il n'est pas encore oublié ». Ces mots de Rilke prononcés en voix off par une conférencière   habitent le film. Le purgatoire de la claustration conjugale, l'enfer du regard compatissant des proches ( « vous divorcez ! non pas vous ! ») structurent le passage du temps   tandis qu'alternent scènes intimes et épisodes mondains (repas au restaurant, mariage, rencontre au musée ..). Le,  « ciel »,   si proche,  n'est qu'une promesse non tenue, même si quelques moments de grâce (comme la rencontre avec Patrick ou la scène finale) suggèrent un semblant d'espérance.
Nobuhiro Suwa filme avec une inventivité et une force peu commune le désamour non comme un désaveu mais comme l'ombre portée d'un amour qui reste  imprescriptible.