Satin rouge

Film tunisien de Raja Amari

Avec Hiam Abbass, End El Fahem, Maher Kamoun

 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

Comparé à l’ensemble des pays (et pas seulement arabes), le cinéma tunisien fait une place relativement importante aux réalisatrices comme le prouve, une fois de plus, Satin Rouge, qui est le premier long-métrage de Raja Amari, récente diplômée de la Femis.

Ayant les mêmes préoccupations que ses consœurs, cette nouvelle venue traite de ce qui leur importe le plus : l’évolution de la condition féminine dans les pays de tradition musulmane.

Gommant l’aspect revendicatif fastidieux et lourdingue à la Coline Serreau, elle a écrit une histoire qui renverse la relation mère/fille et dont l’humour n’est pas absent. Lilia, veuve encore jeune, éduque seule Salma, sa fille adolescente. Comme toutes les mères, elle s’inquiète de ses sorties nocturnes, de ses relations et de son désir d’émancipation. Un soir où l’absence de sa fille l’angoisse plus particulièrement, elle part à sa recherche et pénètre, par hasard, dans un cabaret consacré à la danse du ventre. Elle est fascinée par ce spectacle et par les réactions enthousiastes du public masculin. Elle devient accro et finit par se joindre à la troupe de danseuses à l’insu de sa fille. A présent, c’est donc Lilia qui " fait le mur " chaque soir, tandis que la docile Salma dort sagement à la maison pour ne plus inquiéter sa maman. Quelques démêlés sentimentaux enrichissent cette trame (encore que la rivalité amoureuse des deux femmes soit une ficelle un peu grosse), mais l’ensemble de ces éléments alimente un premier film très sympathique.

Mon œil et mon oreille européens exprimeraient bien quelques réserves sur le délayage des innombrables numéros de danses répétitives qui alourdissent un peu trop souvent ce fragile récit, mais je sais aussi que nous sommes là devant une autre exception culturelle : le goût immodéré des longues séquences musicales et chantées qui ponctuent le cinéma arabe, principalement égyptien, depuis les origines. Ne pouvant condamner ce que je défends par ailleurs, je m’incline donc devant ces ventres qui se trémoussent à longueur de bobines.