Les Mots retrouvés
Bee season

Film américain de David Siegel
co-réalisateur : Scott Mc Ghee

Avec Richard Gere, Juliette Binoche, Flora Cross, Max Minghella

Sortie le 01-02-2006
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

Grosse Kabbalerie

Saul Naumann, spécialiste de la Kabbale, enseigne l’histoire des religions à l’Université. Son fils, Aaron, apprend l’hébreu. La mère, Miriam, ex catho maniaco-dépressive convertie au judaïsme, voit sa vie gâchée par d’incessants flashes-back évoquant l’accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents. Dans cette ambiance joyeuse, Eliza, la petite dernière, surdouée âgée de 10 ans, enchaîne des concours d’orthographe stupides qui consistent à épeler correctement « cotylédon » ou « pizza ».

Le père, fasciné par les dons de la fillette, est convaincu qu’elle peut accéder à une relation transcendentale avec Dieu (sic) et commence à lui enseigner les secrets de la Kabbale, entre l’entretien de son Alfa Romeo et la confection des petits plats qu’il aime cuisiner. Tandis que Miriam vire grave à la kleptomanie, Aaron finit par hésiter désormais entre le catholicisme et la secte Hare Krishna. Eliza, elle, commence à être prise de convulsions tendance « Exorciste ». Bonjour les dégâts…

Tout cela est exposé avec le plus grand sérieux et on se dit que, à ce point de désintégration familiale, tous ces givrés devraient laisser tomber et aller s’inscrire dare-dare à l’école de la Libre Pensée. Hélas, nous sommes aux Etats-Unis où le nom de Dieu figure même sur les billets de banque. Cet état d’esprit n’est guère rassurant lorsqu’on sait que les Américains sont désormais les gendarmes d’un monde qu’ils divisent en deux camps : celui du Bien (eux, of course), et celui du Mal (tous les autres). Le plus étrange, c’est que les réalisateurs de ce film (car ils se sont mis à deux) n’ont aucune position critique sur le désastre qu’ils décrivent et concluent par une sorte de pirouette plus qu’improbable. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, mais on préférait nettement Richard Gere draguant sa pretty woman et Juliette Binoche dirigée par Louis Malle ou Kieslowski. Sur l'étude des milieux intégristes locaux, mieux vaut aller voir "The King".