Samsara

Film chinois de Pan Nalin

Avec Shawn  Ku, Christy  Chung, Neelesha Bavora

 
   

Par Laurent Tessier


Durée: 2h18

 
 
   

Après trois ans, trois mois et trois jours de méditation solitaire, Tashi est censé avoir atteint un niveau élevé dans sa quête de la sagesse et du détachement.

Or, à l’issue de cette période d’isolement, il est tout à coup le sujet de phénomènes physiques banals pour le commun des mortels, mais déplacés pour un moine bouddhiste de sa trempe. A savoir : le désir, la tentation de la chair, les pulsions sexuelles. Au grand désespoir de son maître, il finit même par abandonner le monastère pour rejoindre une femme entraperçue au cours d’un voyage… femme qu’il ira jusqu’à épouser (pire : il se laisse pousser les cheveux). Commence alors une découverte de la vie dans le " samsara ", le monde des hommes, semée d’embûches et de défis nouveaux : de la vente des récoltes à la tentation de l’adultère...

Les paysages montagneux du Ladakh, perdus aux confins de l’Inde et du Pakistan, fournissent la hauteur sublime requise par ce type de parabole. Une charte visuelle rigoureusement appliquée en parachève la beauté et l’harmonie, en dispensant et en séparant habilement certaines couleurs symboliques. Les montagnes sont belles, les moines sont sages, la sérénité est reine.

Et justement, au début de Samsara, on a peur de se retrouver devant une nouvelle apologie du bouddhisme et de ses moines, sans arrière pensée ni esprit critique. On se souvient ainsi du Kundun de Scorsese, tellement décevant si on le compare à la profondeur de la Dernière Tentation du Christ. On l’a encore constaté récemment avec Amen, les occidentaux traitent avec bien moins de ménagement la religion chrétienne. Mais cette vision critique se révèle sans doute bien plus riche que la fascination lointaine que provoque la religion bouddhiste, si exotique, avec ses magnifiques saris rouges et or sur fond de sommets enneigés.

Cependant, Pan Nalin se trouve lui-même aux confluents de deux cultures. D’origine indienne, il a passé une grande partie de sa vie en Europe, où il a réalisé publicités et documentaires pour Canal + ou la BBC. Connaisseur des religions asiatiques au sens large, il sait y apporter le doute et le questionnement indispensables à toute quête spirituelle véritable. Ainsi, à mesure que Tashi s’éloigne de son monastère, Pan Nalin s’éloigne des doctrines religieuses abstraites pour poser le problème du désir dans ses formes les plus quotidiennes. La fin du film, sans doute bien peu orthodoxe, révèle la difficulté de vivre un engagement religieux sans s’exclure du monde, ainsi que les problèmes posés par le rôle de la femme dans une société où la recherche spirituelle semble devoir nécessairement séparer les hommes et les femmes. Loin de la simple fresque admirative d’une culture ancestrale, Samsara se révèle avant tout prenant, paradoxalement très actuel, et ne prétend pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, répondre aux questions qu’il soulève par un proverbe gravé dans la pierre.