The King

Film américain de James Marsh
scénario de Milo Addica et J. Marsh

Avec Gael Garcia Bernal, William Hurt, Laura Harring, Paul Dano, Pell James

Sortie le 25-01-2006
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h45

 
 
   

Royal

James Marsh, documentariste britannique, réalise là son premier long-métrage à partir d’un scénario qu’il a co-écrit avec Milo Addica, (déjà remarqué pour sa collaboration au script de Jean-Claude Carrière  Birth, réalisé par Jonathan Glazer, qui décrivait les soucis de Nicole Kidman, veuve harcelée par un enfant de dix ans qui prétendait être son mari.) Le drame proposé par le couple Marsh/Addica étincelle comme un diamant noir.

Démobilisé après trois ans de service dans la US Navy, le jeune Elvis Valderez (qui a une bonne bouille à la Olivier Besancenot) part à la recherche de son père qu’il n’a jamais connu, et qui est pasteur d’une église baptiste à Corpus Christi (Texas). Chef d’une famille heureuse, celui-ci prêche avec enthousiasme les vertus chrétiennes, ainsi que son fils aîné qui tente d’introduire dans les programmes de l’Université une défense de la Bible contre les thèses nocives de Darwin. On voit le tableau. Mais ce brave pasteur écarte sans ménagement ce fils imprévu venu se présenter après l’office : conçu dans le pêché, il ne peut supporter l’idée de retrouver un témoin de l’époque où il n’avait pas encore rencontré la foi militante et ordonne à Elvis de se tenir à distance. Celui-ci n’en a cure et commence le siège discret de sa demi-s½ur dont il s’est épris. C’est le début d’une descente aux enfers dont je m’en voudrais de dévoiler les noires étapes.

On craint le pire tant le milieu de ces intégristes frise la caricature et on redoute de voir une resucée des Mots retrouvés qui baigne dans le même océan de religiosité éprouvante où barbotent les Etats-Unis. Mais, miracle (?), The King échappe au ridicule par la rigueur de son scénario et l’interprétation des comédiens de ce drame, William Hurt et Gael Garcia Bernal en tête. Ils parviennent même à susciter une sorte d’empathie pour ces personnages réellement peu attirants. La remarquable réalisation de James Marsh complète la réussite de l’½uvre en s’appuyant sur de courtes séquences, souvent muettes, aux chutes abruptes et lourdes d’une angoisse qui va croissant, alors que rien dans le décor, l’action ou le dialogue ne justifie en réalité cette crainte. Les banales promenades en voiture ou au bord d’un lac suscitent une inquiétude diffuse et irraisonnée. Par contre, le déchaînement de la violence est soudain, cruel, imprévisible.

Répétons-le : la crédibilité de ce film repose essentiellement sur le grand talent de Gael Garcia Bernal dont la séduction et la fragilité parviennent à nous émouvoir. Il nous rend presque solidaire de ce fils rejeté à mesure que les drames s’enchaînent et l’écrasent. Progressivement, nous finissons par découvrir que le comportement crapuleux d’Elvis nous terrifie surtout parce qu’il est livreur de pizzas dans une ville perdue du Texas d’aujourd’hui. En d’autres temps, il serait le roi du Danemark, ou bien coucherait avec sa mère, tuerait son père ou son frère… Il s’appellerait Hamlet, ¼dipe, ou Caïn. En fait, ce petit jeune homme abandonné est l’incarnation moderne (et modeste) des héros mythiques de la tragédie antique broyés par un destin funeste.