Munich

Film américain de Steven Spielberg

Avec Eric Bana, Daniel Craig, eoffroy Rush, Mathieu Kassivitz, Yvan Attal

Sortie le 28-01-2006
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

Munich's eleven

Steven Spielberg engrange  depuis quatre décennies sinon des chefs d’½uvre, en tout cas des films divertissants (Les dents de la mer, E.T.Les aventuriers de l'arche perdue, Indiana Jones, Il faut sauver le soldat Ryan) qui ont   marqué  incontestablement  notre époque. Pourtant une forme de  raideur   infantile    place cette oeuvre si sympathique en porte à faux au sein du monde ultra violent dont elle prétend aussi rendre compte (cf La liste de Schindler). A cet égard, Munich ne déroge pas à la règle.

 Le 5 septembre 1972 , l’organisation palestinienne  Septembre noir prend en otages onze athlètes israéliens aux J.O. de Munich. 21 heures plus tard, à la suite d’une intervention calamiteuse des autorités allemandes, les otages sont tous tués. Le gouvernement de Golda Meir décide alors d’éliminer secrètement les onze responsables de cet attentat, dont on peut estimer par ailleurs qu’il ouvre l’ère terroriste que nous connaissons désormais à l’échelle planétaire. Le réalisateur s’est entouré des meilleurs scénaristes – l’un  chevronné (Eric Roth : Forrest Gump), l’autre branché (Tony Kushner : Angels of America) pour détailler les péripéties de cet attentat mais surtout de l’opération de représailles consécutive qui fut confiée à un jeune officier du Mossad- Avner (Eric Bana) dans le film. Comment réussir à rassembler en 2h40 (c’est long,  mais quand même !) un film d’action type Mission impossible, un thriller psychologique et une étude de caractères se déroulant en une dizaine de lieux distincts aux quatre coins de la planète ? Autant dire tout de suite  que le compte n’y est pas, malgré les atouts évidents d’un projet un peu trop  ambitieux, pour ne pas dire « casse gueule ».
 Si les morceaux de bravoure, notamment la prise d’otages elle-même, puis les diverses opérations commando sont remarquablement maîtrisées, les intermèdes niaiseux et les digressions psychologisantes sont constamment à la limite du grotesque, le pompon revenant en l’occurrence aux prestations de  Michael Lonsdale en parrain périgourdin et de  Mathieu Amalric en agent secret bizarrement constipé (pourquoi toujours ridiculiser les français !).  La séquence du lit conjugal avec flashs back  en montage alterné vaut aussi le détour. Mais le plus gênant est ailleurs. L’humanisme de Spielberg tourne,  envers et contre tout,   à l’optimisme  béat -  difficile pourtant de nous faire avaler que tous ces bons pères de famille,  assassins par devoir,  sont au  fond les victimes d’un monde trop cruel. Malgré des efforts appuyés et méritoires pour éviter tout manichéisme (le gentil musulman  Ali a droit  à trente secondes  pour défendre  la cause palestinienne) le propos reste désespérément dépourvu d’ambiguïté. Incarnation à la fois de la cause israëlienne et de  la conscience malheureuse, le héros est d’autant plus adorable qu’il souffre mille morts tout au long de cette mission, alors que ses cibles mobiles interchangeables restent de silhouettes de cinéma.
 Pour finir, il faut aimer le soldat Avner, Spielberg ne nous laisse pas le choix, et le regard angoissé de Eric Bana encore moins !  Chez Spielberg  les hommes sont bons, tant mieux,  mais ni la complexité ni le tragique n’ont leur  place dans une Histoire qui fait l'impasse sur la dimension métaphysique des conflits.  Le cinéma de Spielberg n’est pas littéraire (« qui vit sous la nuance ») mais mélodramatique,  comme dirait Finkielkraut.  Le piège manichéen est d'abord  un effet de style.
Le film est cependant agréable et  assez palpitant.