Tout est illuminé
Everything is Illuminated

Film américain de Liev Schreiber
Adaptation du roman éponyme de Jonathan Safran Foer

Avec Eugene Hutz, Elijah Wood, Jonathan Safran Foer

Sortie le 14-12-2005
 
   

Par Alicia Fischmeister


Durée: 1h46

 
 
   

A la lumière du passé

Un jeune Américain, Jonathan Safran Foer, part à la découverte du passé de son grand-père, juif en Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur place, il fait la rencontre d’Alex, danseur de R’nB, qui lui sert de traducteur. Sur fond d’holocauste et d’échange culturel, les deux petits-fils vont apprendre ensemble à découvrir leurs aïeuls respectifs.

En s’ouvrant sur la voix off d’Alex, dont l’anglais approximatif est nourri d’un fort accent ukrainien, le film semble revendiquer d’emblée son projet : créer un univers décalé au beau milieu de l’Europe de l’Est. On peut trouver Jonathan un peu étrange, avec sa raie sur le côté, ses lunettes de myope, son éternel costume blanc et noir et sa manie de conserver dans des sacs en plastique toute sorte d’objets ayant un lien avec les membre de sa famille. Mais bizarre, il ne l’est pas plus que le grand-père d’Alex, persuadé d’être aveugle mais conduisant sans problèmes son tacot pour touristes juifs en quête de passé. Pas plus que la ribambelle de personnages que le trio ukraino-américain croisera sur sa route. Tout au long de son film, Liev Schreiber nous promène dans cette atmosphère légèrement surréelle au rythme d’une musique folklorique ukrainienne quasi-permanente, alignant les plans intéressants tout en sachant rester discret quand il le faut.

Si l’on apprécie la présence d’un humour fin et efficace, surtout dans la première partie, le rire pourrait limiter la thèse du film à « comment traiter de façon légère un sujet grave ? ». Mais grâce à un découpage en chapitres qui révèle une véritable évolution, le sujet tend vite à ses thèmes centraux : l’antisémitisme, et surtout la découverte de soi à travers son passé. En effet, si le grand-père d’Alex se retrouve en même temps que ses souvenirs, son petit-fils en apprend tout autant sur lui-même au contact de son pays chargé de mémoire ; mais aussi au contact de Jonathan, qui semble également acquérir une certaine stabilité au fur et à mesure qu’il enrichit sa collection diverse autour de son propre grand-père. Les personnages changent, évoluent dans une direction commune, et ce de manière convaincante et boulversante, car discrète. S’il faut louer Elijah Wood d’avoir su se reconvertir intelligemment après la trilogie du Seigneur des Anneaux, il faut surtout saluer la prestation de Eugene Hutz dans le rôle d’Alex, véritable héros du film, aussi crédible en VIP des boîtes branchées d’Odessa, qu’en petit-fils interdit devant l’ampleur du passé qui se dévoile sous ses yeux.

Avec Everything is Illuminated, Liev Schreiber nous propose un panel d’émotions subtiles sans jamais verser dans le mélodrame, tout en renouvelant pour notre plus grand plaisir cet univers fantasque si caractéristique des films américains indépendants.