Les protocoles de la rumeur
Protocols of Zion

Film américain de Marc Levin

Sortie le 23-11-2005
 
   

Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier


Durée: 1H33

 
 
   

Non sens au pays du pamphlet

Une rumeur dit que le 11 septembre 2001, 4000 Juifs, prévenus de la catastrophe, ne sont pas allés travailler. Une aubaine pour de nombreux directeurs de presse qui en ont profité pour rééditer des extraits des Protocoles des Sages de Sion. Cet ouvrage fut, selon la rumeur, rédigé par des Juifs du XIXe siècle voulant diriger le monde.

Frappé par le regain d'antisémitisme américain, Marc Lévin, tel un justicier, part à la rencontre de tous ceux qui persistent à persécuter les Juifs, dans son nouveau documentaire : Les Protocoles des sages de Sion. Documentaire ? Passez-moi cette dénomination... Digne d'un pamphlet grotesque à la Michael Moore, ce film est basé sur une discussion peu construite et des considérations irréfléchies... Même si le film nous apporte quelques informations intéressantes sur les théories de complots des Juifs, sur les conflits ethnico-religieux, notre justicier adopte un ton pathétique, haineux, qui enlève toute crédibilité à son oeuvre. Comment croire à la perfidie d'un noir musulman, alors que Marc Levin l'aborde dans la rue en lui disant que la traite des noirs est moins importante que l'Holocauste ? Comment peut-il se permettre de tels jugements de valeur et prétendre réaliser des documentaires ? Ce film n'est rien de moins qu'un one-man-show, où l'on voit un guignol se mettre en scène, pleurer sur le sort de gens qu'il n'a pas connus, avec des larmes d'une fausseté alarmante. Le gus se fait même faiseur de morale : les athées riches gouvernent le monde, les musulmans représentent un danger, les néonazis agissent au vu et au su de tous, et les trois groupes n'ont qu'une tête de turc : les Juifs. Résultat, ce pamphlet dénué de sens ne nous propose pas de réfléchir à la question de l'antisémitisme. On s’interroge plutôt sur l'égocentrisme outrancier d'un réalisateur dont la mauvaise foi va jusqu'à nous présenter une caricature de lui-même et de la cause qu'il défend.