Ocean's eleven

Film américain de Steven Soderbergh

Avec Julia Roberts, Brad Pitt, George Clooney, Andy Garcia...

Sortie le 06-02-2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h57

 
 
   

Une supposition : vous êtes scénariste à Hollywood. Donc, vous avez un ordinateur.

Vous y entrez les scenarii de : Mélodie en sous-sol, Topkapi, Du Rififi chez les hommes, le Cercle Rouge, les Spécialistes aidés des Professionnels, les Sept Mercenaires et les Douze Salopards, une pincée du Pigeon, sans oublier une touche de Mission Impossible I, II, III, IV, etc. et, pour finir, l’Inconnu de las Vegas (dont le film sera le remake avoué).

Vous cliquez et vous imprimez un sujet original que vous intitulez Ocean’s eleven, par exemple. La machine à produire entre en action et réunit un commando de stars emmené par deux " dents blanches, haleine fraîche ", que les filles trouvent "trop", et vous rajoutez, pour la parité, une incroyable Julia Roberts transformée en momie siliconée, calamistrée, totale potiche pour machos et, tenez-vous bien, amateur d’art (c’est là le seul apport surprenant du scénariste-computeur !)

Pour le reste, tout y est comme d’hab’ : la sortie de prison et le désir de vengeance, le recrutement, les spécialités de chacun, les blancs, les noirs et le jaune, la mise au point du "coup" impossible, la musique disco ininterrompue censée donner le rythme qui manquerait à l’action, et j’en oublie dans la liste… Tout cela donne une désagréable impression de clichés et de déjà vu, comme on dit en anglais. C’est d’autant plus regrettable que Steven Soderbergh avait un talent original et personnel dans le traitement de ses précédents films, évitant avec beaucoup d’inventions tous les pièges dans lesquels il vient, hélas, de tomber : scènes standard, dialogues indigents, acteurs stéréotypés, coups de théâtre téléphonés, absence de parti pris à la réalisation : on se croirait sur M.6 l’après-midi, le luxe en plus.

Deuxième supposition : vous êtes jeunes lycéens, vous n’avez vu aucun des films références cités dans la recette du début, donc vous allez prendre forcément du plaisir à découvrir les aventures de ces loustics, puisque ce n’est pas par hasard que ce type de récit est réédité en permanence depuis des décennies. J’ai tendance à préférer les originaux qui me surprennent aux copies de copies, mais je m’incline : ce film va certainement cartonner avec les têtes de série qu’occupent déjà les Spy Game, les Vanilla Sky et autres Bandits. Cela va conforter Jean-Marie Messier dans son projet de vouloir en finir avec une exception culturelle européenne dont le public semble se détourner de plus en plus. Après tout, les statistiques lui donnent raison.
De quoi se plaint-on ?