Manderlay

Film danois de Lars von Trier

Avec Bryce Dallas Howard, Willem Dafoe, Isaach de Bankolé, Danny Glover

Sortie le 09-11-2005
 
   

Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier


Durée: 2h19

 
 
   

Originalité déjà vue

Grace et son père ont quitté Dogville avec leur bande de gangsters et roulent vers de nouveaux territoires. Ils font une halte en Alabama, devant la propriété de Manderlay, où l'esclavage n'a pas été aboli : esclaves noirs et maîtres blancs s'y côtoient. Grace décide d'intervenir contre l'avis de son père. Elle souhaite aider les esclaves à ré-apprendre la liberté et réparer ainsi les injustices commises envers les Noirs par les Blancs.

Précédé de Dogville (2003), Manderlay, est le deuxième volet d'une trilogie sur l'Amérique. Décors singuliers, nouvelle actrice... On s'attendait à plus d'originalité de la part de Von Trier qui semble manquer d'inventivité. Plantez un décor simpliste, inspiré de Dogville : décors de théâtre tracés à la craie, portes invisibles, champs signifiés par de simples lettres... Installez-y une actrice débutante fraîche et naïve, Bryce Dallas Howard (récemment découverte dans Le Village). Ajoutez un sujet épineux, qui nous invite à réfléchir à différents niveaux : implicitement sur l'esclavage, explicitement sur la démocratie. Recette magique? Non... Il est fort probable que vous soyez déçus par cet assaut de bonne volonté et de spontanéité. On ressent tout au long du film une accablante impression de déjà vu... Une communauté vivant à l'écart du monde, dérangée par une jeune fille candide qui n'apporte ni bien ni mal... Cela ne vous rappelle rien? De plus, la volonté d'ambiguïté du réalisateur semble laborieuse : l'attitude des personnages est souvent incohérente et aucun d'eux ne s'apparente à un héros... surtout pas les Noirs ! On le sait, l'Amérique est raciste... Merci Von Trier pour cette morale ironique, cette vision désolante de l'humanité et ce portrait incertain de l'Amérique. Seulement, à ce rythme, l'Amérique nous semble bien redondante, et l'on n’ a pas franchement envie que se concrétise le projet du troisième volet : Washington.