The President's Last Bang

Film coréen de Im Sang-soo

Sortie le 05-10-2005
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

Un récit dit par une idiot et qui n'a pas de sens

The Président’s Last Bang relate un épisode réel de l'histoire coréenne. Il s’agit de l’assassinat du dictateur Park Chung-hee, le 26 octobre 1979, par son collaborateur et ami, le chef de la KCIA, Service de la sécurité de la Corée (Kim dans le film). Park Chung-hee était parvenu au pouvoir en 1962 à l’issue d’un putsch. Formé par une élite militaire compromise avec l’ennemi japonais, il exerça pendant 18 ans un pouvoir sans partage tout en ouvrant la Corée vers le monde moderne et en travaillant à la réconciliation de son pays avec le Japon.

La référence implicite au double jeu du Président qui sut obtenir les faveurs des investisseurs japonais mais au prix d’une semi trahison est constante. Ainsi, au moment d’appuyer sur la détente pour achever le dictateur, Kim prononce le nom japonais que le Président porta pendant la guerre. Il faut savoir que Kim, le chef de la KCIA, est lui-même un ancien kamikase, et que le lieu du massacre, la « Maison-bleue », qui fut le siège des gouverneurs japonais, est le symbole de la compromission du pays avec l’ennemi héréditaire. Tout ceci est difficilement compréhensible pour nous, mais le film n’a aucune prétention didactique. A mi chemin entre Brecht (L’opéra de quatre sous), et Shakespeare, cette chronique précipitée d’une dictature sanglante est traitée avec un brio et une désinvolture qui reflètent le cynisme et l’aplomb de ses protagonistes. Mise en scène chorégraphiée, satire aigue et caméra acérée: le talent de Im Sang-soo est indiscutable, même si on a évidemment le sentiment qu’une partie des sous-entendus de cet opéra bouffe macabre nous échappe. Mais peu importe, car l’absence totale de « message » politique est la grande qualité du film : qui sont les bons, qui sont les méchants, quelles furent les conséquences de ce coup d’Etat improvisé, la mort d’un dictateur est-elle par elle-même une aubaine ? Quid de l’avenir démocratique du pays ? Quelles étaient les vraies motivations des conspirateurs, hormis les désordres intestinaux de Kim ? Im Sang-soo raconte une histoire avec maestria sans nous promettre des avenirs qui chantent. Les superbes compositions sanglantes obtenues par des travellings latéraux et de savantes contre plongées, mais aussi la direction et le choix des acteurs – le troublant Baik Yoonshik (Kim), tous les personnages secondaires en général, et aussi, et surtout, les deux jeunes femmes dont la présence légère échappe à toute trivialité - atténuent la charge étouffante de ce film très noir.