Les Frères Grimm
The Brothers Grimm

Film américain de Terry Gilliam

Avec Matt damon, Heath Ledger, Peter Stormare, Lena Headey, Jonathan Pryce, Monica Bellucci

Sortie le 05-10-2005
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h59

 
 
   

Conte d'effets

Après le catastrophique échec du tournage de « Don Quichotte » (que relatait le remarquable « Lost in la Mancha » de Keith Fulton), la plupart des gens « normaux » ne se seraient plus relevés, définitivement noyés par le désastre. Terry Gilliam, lui, ressurgit, insubmersible, et nous présente une méga-hyper-superproduction racontant une biographie fantaisiste des frères Grimm où il donne libre cours à son délire décoratif et à son goût pour les aventures fabuleuses.

Il fait de ce célèbre couple de conteurs d’efficaces chasseurs de sorcières et de trolls qui opèrent dans les superstitieuses campagnes allemandes, à l’aube du XIXe siècle, alors que les troupes de Napoléon occupent le pays en tentant d’y importer l’esprit critique issu du Siècle des Lumières.

Mais les Grimm, en fait, sont deux manipulateurs légèrement escrocs qui fabriquent eux-mêmes, avec l’aide de complices, les monstres qu’ils sont supposés combattre. L’efficacité apparente de leurs interventions conduit l’état-major français à les charger de résoudre le problème de la mystérieuse disparition de jeunes filles dans le village maudit de Marbalen. Et là, tout se gâte car il ne s’agit plus d’illusions mais d’une véritable forêt enchantée peuplée de véritables créatures monstrueuses. Les frères Grimm vont devoir affronter tous ces dangers qui seront la source de leur inspiration lorsqu’ils écriront, plus tard, les célèbres contes de fée que les lecteurs prendront, à tort, pour des légendes. L’idée du scénario est donc astucieuse et fait espérer un spectacle réjouissant.

Les 6-12 ans et les amateurs d’effets spéciaux ne seront pas déçus, mais les autres s’ennuieront progressivement devant ce catalogue d’artifices impeccables, peuplé d’acteurs qui surjouent en permanence pour tenter de surpasser l'envahissante musique. Un bon conte de fée doit vous terroriser, c’est la règle. Mais, toujours le même problème, la perfection des trucages numériques tue émotion et frayeur. Terry Gilliam a déclaré qu’il avait souhaité écarter l’emploi des images de synthèse pour éviter ce risque, mais que cela n’était plus possible de nos jours. C’est dommage, car cet énorme cartoon, parfaite vitrine des possibilités infinies du trucage moderne, nous laisse finalement indifférents et ne suscite pas l’angoisse que pouvait déclencher l’archaïque King Kong avec des moyens naïfs. Notre déception est d’autant plus grande que ce réalisateur visionnaire porte réellement un monde personnel et original que l’on regrette de ne pas mieux partager.