Perdre est une question de méthode

Film international de Sergio Cabrera
Perdre est une question de méthode est l'adaptation cinématographique du roman homonyme de Santiago Gamboa, publié en 1999

Avec Daniel Gimenez Cacho, Martina García, Cesar Mora

Sortie le 27-07-2005
 
   

Par Jérémie Kessler


Durée: 1h35

 
 
   

Le réel est une question de méthode

Victor Silanpa, journaliste de faits divers, se retrouve chargé, à la fois par le responsable de la police colombienne et par son journal, de mener l’enquête sur le cadavre d’un empalé retrouvé en haut d’une montagne. Mais le film s’éloigne assez vite du cadavre lui-même pour entrer dans la ville, dans laquelle le journaliste découvre des combines plus ou moins mafieuses, illégales en tout cas ; dans laquelle il fait la connaissance des gangsters locaux, vers qui son enquête le mène, et dont il ne semble pas avoir peur. Trajets en voiture répétés, visite d’une boîte de nuit permettent au héros et à la caméra de visiter la ville colombienne de Bogota, et la campagne qui l’environne. L’univers du film se crée ainsi, petit à petit, autour des quatre personnages auxquels le héros est lié : Quica, la prostituée avec qui il sort ; Estupinan, un homme qui l’aide parce qu’il cherche à retrouver les assassins de son propre frère ; un ami journaliste interné dans un hôpital psychiatrique ; et le chef de la PJ locale. Permettant au héros de ne pas être seul, chacun l’inclut dans le monde. Ils le lient autant à des objets courants (le téléphone portable, par exemple) qu’à des lieux centraux (la campagne proche de la ville, ou l’appartement de Quica). Ils sont alors le moyen (le prétexte) pour le film lui-même d’associer lieux, vies et modes de vie différents dans la même aire géographique. Ce sont eux qui composent et habitent le monde que le film re-crée, en donnant vie au paysage urbain filmé (ils s’y meuvent) et à l’image qui en découle (l’image du film, que Quica, notamment, anime par sa parole et son regard).
Car, dans Perdre est une question de méthode, le film noir a un corrélat social et réel – sinon réaliste. Contrairement à De battre mon c½ur s’est arrêté, film français du même genre, au titre également mystérieux, le film est ancré dans le monde réel et contemporain. Inscrivant son intrigue, pourtant peu originale, dans un monde qui l’est, cet ancrage, cette « profondeur de champ » lui donnent sa force. Le film plonge dans l’impureté du réel et s’y impose. Etres, lieux, paroles et sourires sont alors chacun éléments d’une histoire contemporaine de Bogota. Le héros, parfait car dépourvu de psychologie malgré l’évocation d’une rupture dont il ne se serait pas remis, et qui, dans son métier dévoile les faits au public, anime en fait la révélation de la ville et du monde qui l’entoure. C’est cette découverte progressive qui permet l’amère dénonciation de la corruption qui dans le pays semble régner. Ainsi, à la fois désordonné et incisif, dans sa triste sobriété, Perdre est une question de méthode est un film politiquement et formellement fort.